Obtenir des résultats scolaires calamiteux au regard des pays comparables, pour un coût largement supérieur, tout en aggravant les inégalités sociales de naissance et en générant épuisement et frustration chez des enseignants déconsidérés et sous-payés par rapport à leurs confrères européens. C’est pas mal, non ? C’est français.
La convention citoyenne sur les temps de l’enfant, qui a réuni discrètement depuis six mois 130 citoyennes et citoyens tirés au sort, n’a pas eu la prétention de s’attaquer à ce chantier titanesque. Mais elle a émis ce dimanche une proposition qui pourrait changer la face de notre système scolaire : une nouvelle organisation de la journée de classe. La matinée serait consacrée aux cours théoriques, l’après-midi à des apprentissages plus pratiques, artistiques et sportifs, parmi lesquels des ateliers de la vie quotidienne comme le bricolage ou la cuisine. Oh, rien de révolutionnaire : c’est ainsi que fonctionnent depuis des décennies un grand nombre de pays voisins. Mais ça fait quand même un peu rêver…
En introduisant le bricolage parmi les enseignements de base, on se donnerait une chance de favoriser la réparation et la durabilité des produits, le recours plus naturel à des techniques simples, appropriables et résilientes (les « low tech »). Bref à en rabattre un peu sur la frénésie de consommation et de fabrication accélérée de déchets.
En introduisant la cuisine, on contribuerait à lutter contre un assassin discret, dont les victimes se comptent par dizaines de milliers : les aliments ultra-transformés. Leur consommation augmente de 90 % le risque de contracter la maladie de Crohn, de 33 % l’obésité abdominale, de 23 % la dépression. Et au final, de 18 % la mortalité toutes causes confondues. Le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires ou l’hypertension sont augmentés des mêmes ordres de grandeur (source : The Lancet, 19 novembre 2025).
Rien de révolutionnaire, mais pour mettre en application une telle proposition, il faudrait sans doute couper au passage quelques têtes d’inspecteurs généraux fossilisés dans leurs logiques disciplinaires, et surtout vaincre les tirs de barrage des lobbies de l’agro-business et de l’obsolescence programmée. Faute de quoi, ce rapport rejoindra celui de la convention citoyenne sur le climat, et ira caler les armoires branlantes du macronisme finissant.

