Montesquieu, au secours !

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« Pour qu’on ne puisse pas abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ». Et pour que soit applicable cette règle érigée par Montesquieu en socle de la démocratie, il faut à l’évidence que le pouvoir soit réparti, dispersé. Aussitôt que le pouvoir se concentre, en quelques mains que ce soit, les freins susceptibles de prévenir ses emballements et ses dérapages sont désactivés, à tout le moins enrayés. A la répartition traditionnelle entre le pouvoir d’édicter la loi, le pouvoir de la faire appliquer, et celui de juger délits, crimes et différends, on peut ajouter le pouvoir d’éclairer par une information fiable et vérifiée le débat public et le jugement citoyen, et celui de répondre par une science libre et indépendante aux interrogations de la société.

Rien de ce qui précède n’est très nouveau, moins encore révolutionnaire. Et pourtant…

En dépit d’un arrêt sans ambiguïté de la Cour de justice de l’Union européenne qui prohibe le piégeage des oiseaux sauvages lors de chasses dites « traditionnelles », d’un autre tout aussi clair du Conseil d’État allant dans le même sens, et d’une procédure d’infraction engagée contre la France, le ministre délégué chargé de la transition écologique Mathieu Lefèvre ose annoncer le rétablissement de « cet art de vivre (…) dans nos campagnes ». Au-delà du sort de l’alouette des champs, dont les effectifs ont fondu d’un quart en vingt ans, un tel bras d’honneur à toute la chaine judiciaire laisse pantois.

Simultanément, la ministre de l’Agriculture modifie la rédaction d’un rapport scientifique sur les pesticides commandé au Haut-Commissariat à la stratégie et au Plan (et, dans un autre domaine, le ministre de l’Enseignement supérieur fait annuler un colloque du Collège de France au motif que son casting serait insuffisamment favorable à la politique de Netanyahou).

Ajoutons l’infantilisation du Parlement par un exécutif qui multiplie les passages en force et les astuces procédurales, et la concentration des médias entre les mains du groupe d’extrême-droite Bolloré, qui s’emploie à dicter l’agenda du paysage médiatique national, et posons-nous la question : sommes-nous encore dans un régime d’équilibre des pouvoirs ?

Montesquieu, reviens, ils sont devenus fous !