La loi est dure, mais c’est la loi. Celle de Goodhart n’y fait pas exception. Formulée en 1975, elle stipule que « quand une mesure devient un objectif, elle cesse d’être une bonne mesure ». Exemple classique : si l’on évalue la performance d’un commissariat au nombre d’arrestations réalisées, les flics auront tendance à « taper » les petits dealers faciles à attraper et à confondre, et à délaisser les gros bonnets. Trop compliqué, les gros bonnets. Pas rentable. Pas bon pour la prime de fin d’année… Résultat : le trafic prospère et s’étend, rendant la mesure non seulement inopérante, mais contre-productive !
La loi de Goodhart condamne ainsi sans appel le dernier gadget imaginé par le gouvernement pour résorber le déficit réputé abyssal des finances publiques : supprimer ou fusionner un tiers des agences de l’État. Pourquoi un tiers et pas un quart ou la moitié ? Quelle étude préalable, quel audit, a signalé qu’une sur trois de ces agences était de trop ? A-t-on vérifié que d’éventuelles fusions seraient génératrices d’économies ? A cet égard, la fusion des Régions en 2015 devrait inciter à la prudence : en 2021, une étude de la Direction générale des collectivités locales (DGCL) révélait que cette fusion, à rebours de toutes les annonces, n’avait pas généré un seul euro d’économie !
Dans le viseur du gouvernement, les agences porteuses des politiques publiques dans le champ de l’écologie sont citées parmi les premières victimes de la purge annoncée. L’Agence bio a récemment échappé au couperet. L’Office français de la biodiversité est lui sur la sellette… alors qu’il est lui-même le résultat de la fusion de cinq structures. Mais cette fusion-là avait pour but de renforcer l’efficacité et la cohérence de l’ensemble, pas de se conformer à un objectif chiffré arbitraire.
Aveuglé par son idéologie ultra-libérale et par sa fureur anti-écologique, aiguillonné par les lobbies de l’industrie et de l’agro-industrie, poussé par l’extrême-droite, le gouvernement tire argument de l’état des finances pour accélérer, encore et toujours, le saccage des dispositions conçues pour préserver, tant bien que mal, la maison commune des êtres vivants.
Ce genre d’ « économies » ne manque jamais de se révéler… extrêmement coûteux !

