Par Jean-Philippe Grillet – Avec la précision qui caractérise son écriture, Alain Corbin raconte l’histoire du vent telle que l’ont vécue les hommes. Durant très longtemps, ils ne savent rien du vent, ils subissent sa violence, aiment sa douceur, espèrent en sa fertilité sur leurs terres ; puis ils apprennent à l’utiliser, notamment pour leurs bateaux et leurs éoliennes ; peu à peu ils l’inscrivent dans leurs poésie, théâtre et romans et s’enchantent de la musique qu’il crée au fil de ses voyages. Au point qu’au XIXe siècle, Joseph Joubert(moraliste et essayiste français) affirmait : Notre vie est du vent tissé.
Les hommes savent aussi que le très doux zéphyr possède une existence tactile, olfactive et visuelle. Ils découvrent la manière dont il vit et fait vivre la nature. La mer, la forêt, le sable sont soumis à sa pression, ses bouleversements, sa manière également de les enrichir en faisant voler graines et pollen. De nombreuses espèces d’oiseaux vivent sur le vent, parcourant la planète grâce à lui.
Le vent est à l’origine de la création du monde : c’est ainsi qu’en citant Jean-Paul Kaufmann (L’Arche des Kerguelen. Voyage aux îles de la désolation, Flammarion, 1993), Alain Corbin conclut son livre sur les manières d’éprouver et de rêver le vent.
Jean-Philippe Grillet
La rafale et le zéphyr, Alain Corbin, Fayard, 2021, 174 pages, 19 €


