Depuis la publication, la semaine dernière, des chiffres de la démographie française pour 2024, les gardiens du temple nataliste font hurler toutes les sirènes d’alarme, annonçant que l’effondrement de la fécondité auquel nous assistons conduit tout droit à l’extinction de l’espèce humaine. Carrément ! Dans une interview la semaine dernière, le Pr Samir Hamamah, coauteur d’un rapport remis en 2022 à l’Élysée, après avoir affirmé que « si on ne fait rien, l’être humain va disparaître », détaillait les malheurs qui nous guettent : « qui va faire tourner la machine ? Qui va soigner les malades ? Qui va payer les retraites ? »…
Peut-être devrait-on élargir un peu la focale ? Jamais dans l’histoire du vivant une espèce de grands mammifères n’avait connu une population de 8 milliards d’individus. Jamais. Dans le temps d’une vie (la mienne) la population mondiale a franchi 6 fois un palier d’un milliard d’humains (3 milliards pour célébrer mon entrée à la maternelle, 8 milliards pour celle de mon petit-fils, en 2023). Qu’une croissance aussi vertigineuse connaisse un jour un maximum, est-ce tellement surprenant ? Et surtout, tellement désespérant ?
Une passionnante étude publiée en 2018 révélait que 36 % de la biomasse de tous les mammifères terrestres est constituée d’humains, et 60 % de bétail domestique (vaches, cochons, moutons…). Faites le calcul, il ne reste que 4 % de biomasse pour la totalité des mammifères sauvages. Pour tous les éléphants, tous les lions, toutes les gazelles, tous les sangliers. Et les ratons-laveurs ? Oui, les ratons-laveurs aussi, M. Prévert. Peut-on imaginer que cette hégémonie puisse sans dommage s’aggraver encore ?
Dans l’absolu, un retour à une plus juste place pour l’espèce humaine au sein du vivant est une perspective que nous devrions accueillir avec sérénité. Ce que pointe M. Hamamah, c’est qu’on n’a pas le mode d’emploi. Cette transition implique un temps de vieillissement de la population, de bouleversement des équilibres entre actifs et inactifs, de remise en question profonde du « toujours plus » qui constitue le seul horizon des économistes et des politiques : toujours plus de population, toujours plus de consommation, de production, d’extraction… L’ajustement démographique qui se dessine devant nous nous contraint à des bifurcations radicales. Mais imaginer répondre au vieillissement en faisant toujours plus de bébés pour que la croissance se prolonge indéfiniment, c’est creuser inlassablement un trou pour y mettre la terre d’un autre. C’est la politique familiale du sapeur Camember !
Une baisse spontanée (sans catastrophe) de la population humaine, si elle se confirmait, serait une excellente nouvelle. A condition que nous sachions déployer assez d’intelligence collective pour la gérer.
L’alarmisme de M. Hamamah est peut-être justifié, finalement…

