« A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». C’est sans tambours ni trompettes que le Cid du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez, et le Don Diègue de la Canebière, Renaud Muselier, ont « célébré » la semaine dernière l’attribution des Jeux olympiques d’hiver de 2030 à leurs régions respectives, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Il est vrai que la compétition n’avait pas été féroce : aucune autre région, aucun autre pays au monde n’avait seulement envisagé de s’embarquer dans une telle galère. « Et le combat cessa, faute de combattants »…
Sur les sites retenus pour abriter les épreuves, la liesse populaire est restée tout aussi contenue : il fallait montrer patte blanche et invitation officielle, au Grand Bornand, pour assister à la diffusion sur grand écran de la « délibération » du Comité international olympique. Tout faire pour éviter les questions gênantes de la population que personne n’a consultée, et qui n’a pas oublié qu’il y a deux ans, la station avait dû importer à grand frais de la neige par camions pour assurer l’organisation d’une compétition de biathlon. La probabilité qu’elle bénéficie en 2030 d’un enneigement suffisant pour garantir le déroulement des épreuves olympiques est plutôt discutable. A La Clusaz, autre site retenu, le maire a dû renoncer (provisoirement, dit-il) à un ruineux projet de mégabassine destiné à alimenter les canons à neige.
A moins de qualifier d’urgence le ski sur cailloux et le patinage sur herbe comme nouvelles disciplines olympiques d’hiver, on voit mal comment les Alpes françaises pourront accueillir les compétitions sans débauche de neige artificielle, coûteuse en eau et en énergie. Mais la main sur le cœur, Rodrigue et Don Diègue nous jurent que ces jeux-là seront « les plus « verts » de l’histoire » (sic). Référence sans doute à la couleur de l’herbe…
Que dire de la production de cinq « villages olympiques » (oui, cinq !) dans des territoires qui crèvent déjà de la surabondance de logements occupés quinze jours par an (les « lits froids ») ? Que dire des tonnes de béton à couler pour les routes à construire, et de la noria de déplacements pour deux jeux dispersés du nord au sud des Alpes ?
Et que dire des 2 milliards d’euros que coûtera cette folie dont personne d’autre n’a voulu ? A aucun moment, les citoyens n’ont été consultés. Ce projet ne figurait dans aucun des programmes électoraux des dernières élections régionales. En clair, Rodrigue et Don Diègue n’avaient aucun mandat populaire pour prendre cette décision, qui produira ses effets délétères pendant plusieurs décennies. Les Alpins pourront à leur tour citer Corneille : « Que de maux et de pleurs nous coûteront nos pères ».

