Comédie française

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Molière n’aurait pas fait mieux… Acte 1 : le rideau se lève vendredi sur un président de la République, en slip et chaussettes. Dans les jours précédents, il s’est laissé complaisamment dépouiller par les sicaires de Don Rousseau, le Parrain de la mafia de l’agrobusiness (nom de code : FNSEA), auquel il a tout cédé : sabordage du plan Ecophyto, effacement des normes sur les haies, les zones humides, les jachères, mise sous tutelle de la police de la nature… tout ! Sans rien régler des problèmes des paysans. Pour reprendre la main et montrer qui c’est le chef, il imagine un grand débat dès le lendemain : 200 participants parmi lesquels les Soulèvements de la Terre. Aussitôt ses communicants s’activent, informent la presse, prennent les contacts utiles… Acte 2 : Don Rousseau prend ombrage de la présence des Soulèvements. Dans l’heure, la présidence fait savoir que, OK, OK, on les désinvite. Mais le Parrain exige désormais que le débat soit carrément annulé : pourquoi débattre, alors qu’il a déjà obtenu plus qu’il n’aurait pu rêver ? Illico, le débat est annulé. Acte 3 : le président tente d’inaugurer le Salon de l’agriculture, et cède les derniers oripeaux que la République conservait. Une astuce juridique (la « présomption d’intérêt général majeur ») rendra quasiment impossibles les recours contre les exactions de l’agro-industrie (méga-bassines, élevages industriels, etc). Et le président, une main devant, une main derrière, mais tout vibrant d’une indignation comique, parachève son humiliation en jurant contre toute vérité qu’il n’a jamais été question de convier les Soulèvements. Lesquels font savoir qu’ils auraient de toute façon déserté cette « supercherie » et ajoutent : « mais merci pour le spectacle ». Insolents, avec ça… Le rideau retombe sous les lazzis et les quolibets des agriculteurs. De la coulisse, parvient le rire carnassier de Don Rousseau et de ses sbires.

La pantalonnade aurait pu être savoureuse. Elle est glaçante. Élu pour porter l’intérêt général et éclairer l’avenir, ce pouvoir a tout cédé aux rentiers réactionnaires de l’agro-business, campés sur leur intérêt catégoriel et sur le blocage de toute amorce d’une bifurcation, pourtant nécessaire et urgente, de notre modèle agricole. Tant pis pour la biodiversité. Tant pis pour le climat. Tant pis pour les paysans. Tant pis pour les victimes de cancers et autres malformations congénitales. Tant pis pour les générations futures. Tant pis pour la démocratie.

Tant pis pour nous toustes.