Hypnose

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Comme la montée des océans, la montée du Rassemblement national est-elle un effet du changement climatique ? Si la question paraît farfelue, nombre de sociologues et de politistes répondent par l’affirmative : oui, le réchauffement climatique et ses effets, de même que l’effondrement de la biodiversité, concourent à rendre le futur plus incertain, moins maîtrisable, en bref plus inquiétant. Or c’est une règle constante de la science politique : la peur pousse immanquablement le votant vers la droite, toujours plus à droite.

Lorsqu’ils ont élu Mussolini en 1923, les Italiens n’étaient pas fascistes, ils avaient peur. Idem pour les Allemands en 1933. Ces références sont-elles excessives ? Déplacées ? Sans doute… La grande journaliste Françoise Giroud (1916-2003), à qui l’on faisait observer que Jean-Marie Le Pen n’était tout de même pas Hitler, eut cette réponse : « Certes ! Mais en 1933, Hitler non plus n’était pas Hitler… ».

A l’éco-anxiété ambiante, le Rassemblement national n’apporte aucune réponse, juste une anesthésie. En disqualifiant toute bifurcation écologique sous prétexte de lutter contre une « écologie punitive » fantasmée, en escamotant toute proposition autre que celle d’un « localisme » qui n’a d’autre vertu que de flatter la tentation du repli xénophobe, en promettant que quoi qu’il arrive demain sera comme hier mais en mieux, en contestant même la réalité des menaces, le RN agit sur l’électorat comme le fait le serpent Kaa dans le Livre de la Jungle : par l’hypnose. « Aie confiaaaannnnnce… ». Qui peut citer une seule mesure écologique dans le programme de M. Bardella ? Il y a quelques mois, le député RN Thomas Ménagé a pu déclarer sur France Inter, sans être désavoué par son parti, que les scientifiques du GIEC ont « parfois tendance à exagérer » le désordre climatique.

L’ennui, c’est qu’on ne résoudra pas la crise écologique en la niant ou en l’ignorant. Le déni promu par le Rassemblement national ne peut, même à brève échéance, qu’aggraver les périls auxquels nous devrons faire face à l’avenir. Le lâche soulagement que procurerait à ses électeurs l’accession de ce parti au pouvoir ne peut que se payer de malheurs pour toute la société. En 1933, Hitler n’était pas Hitler. En 1945 il était bien tard…