La Pucelle de Beauvau

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En bon Vendéen d’extrême-droite (le dictionnaire est formel : non, ce n’est pas un pléonasme), Bruno Retailleau voue un culte inconditionnel à Jeanne d’Arc, au point d’adopter certains comportements de la Pucelle d’Orléans. En les adaptant, toutefois, aux réalités de notre siècle.

Ainsi, ce n’est pas l’Anglois que M. Retailleau entend bouter hors de France (c’est trop tard, de toute façon : le perfide s’est auto-brexité), mais plus généreusement l’Étranger quel qu’il soit, hormis s’il peut se prouver de bonne souche aryenne, ou à l’extrême rigueur, latine. Pour le reste, sus au Barbaresque, à l’Asiate, au Sarrasin, au Maure, et plus spécifiquement au Mahométan fanatique (là, d’accord : dans la sémantique très particulière de M. Retailleau, ça c’est un pléonasme).

De même ce ne sont pas des voix que le ministre de l’Intérieur entend dans la nuit, mais des « tirs » contre un hélicoptère de la gendarmerie. Diable, voilà qui est sérieux. L’hélicoptère en question survolait le camp, installé dans un terrain privé, où sommeillaient samedi les opposants à la LGV Bordeaux-Toulouse-Dax. « Des tirs » auraient donc été « entendus »contre l’appareil. Bizarrement, le ministre n’a pas entendu les sirènes hurlantes de l’engin, ni aperçu les lumières stroboscopiques du puissant projecteur qui visait les tentes, dans le but de harceler par privation de sommeil les manifestants assoupis. M. Retailleau semble souffrir d’acouphènes sélectifs… Des armes à feu ont-elles été aperçues ? Des douilles retrouvées ? De quels « tirs » éventuels s’agissait-il ? De pétards ? De feux d’artifice ? D’armes à feu ? Qu’importe… Poursuivant la stratégie des fake news expérimentée par son prédécesseur, M. Retailleau fustige « des voyous qui ont à nouveau utilisé une cause écologique comme prétexte pour s’en prendre aux forces de l’ordre lors d’une manifestation interdite » et annonce des sanctions. Déjà, la fachosphère à l’unisson réclame la dissolution des Soulèvements de la Terre, qui soutenaient la manifestation… Comme on le sait bien à Domrémy, quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage.

Évidemment, nul ne souhaite à M. Retailleau le sort de son idole. Mais le bûcher des idées et des méthodes trumpiennes de la Pucelle de la place Beauvau feront à n’en pas douter, le jour venu, un magnifique feu de joie démocratique.