Zone à défendre

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Si vous êtes de celles et ceux qui ont regretté d’insupportables longueurs dans les 7 premières saisons de la série Macron, la version clip qui nous a été offerte le week-end dernier a dû vous séduire.

Samedi, le ministre de l’Intérieur envoie ses gendarmes et leurs blindés harceler des milliers de militant-e-s qui entendaient s’opposer pacifiquement au désastreux projet d’autoroute A 69. Rejeté par la population, étrillé par des cohortes de scientifiques de toutes disciplines, calamiteux pour la biodiversité, ultra-consommateur de terres agricoles et de sites naturels, délétère pour le climat, et décidé dans des conditions d’opacité et de conflits d’intérêts qui frisent la corruption, ce projet d’un autre âge cristallise une opposition que la répression forcenée échoue à contenir.

Pour s’épargner un fiasco judiciaire, nulle arrestation n’a été opérée par les 1 600 flics présents. A l’évidence, consigne avait été donnée aux argousins de matraquer et de gazer, surtout pas d’interpeller, en dépit de dizaines d’infractions alléguées, jamais prouvées… Voilà un ministre de l’Intérieur désormais nanti de toutes les références requises pour postuler à sa reconduction le mois prochain, si l’extrême-droite parvient au pouvoir.

Dimanche, en effet, pour laver l’humiliation d’une déculottée historique, le héros de la série décide de convoquer des élections législatives au moment précis où l’extrême-droite est au plus haut. Albert Lebrun, sors de ce corps ! (pour les moins de 90 ans, Albert Lebrun est ce président de la République qui, le 16 juin 1940, a complaisamment offert le pouvoir à Pétain). Dans moins d’un mois, un parti climatosceptique, qui s’est systématiquement opposé à toutes les réglementations écologiques à Bruxelles comme à Paris, raciste, poutinophile, et qui entretient avec la vérité un rapport, disons…distant, sera peut-être au pouvoir. En criminalisant l’écologie, en stigmatisant les militants anti-racistes, en prétendant exclure une partie de la gauche de l’ « arc républicain », en traçant un parallèle factice entre la gauche et l’extrême-droite, ce pouvoir a préparé les esprits à cette issue funeste. Et s’obstine dans cette voie pendant cette campagne législative.

La hantise de MM. Darmanin et Macron était d’éviter la constitution d’une ZAD sur le tracé de l’A 69. Bien joué ! C’est désormais la démocratie qui est une zone à défendre.