Quoi qu’il en coûte

1041
⏱ Lecture 2 mn.

Un jour, Emmanuel Macron a dit la vérité. Si, vous pouvez vérifier ! Ça s’est produit le 16 mars 2020.

La France, comme le reste du monde, était confinée pour tenter de limiter les ravages d’une zoonose, le Covid-19. Dans une allocution télévisée, le président de la République a affirmé : « Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant (…). Beaucoup de certitudes, de convictions (…) seront remises en cause ».

L’avenir lui a très largement donné raison : le monde d’après est très différent du monde d’avant.

Il est bien pire.

Dans le monde d’avant, on pouvait s’exaspérer de la lenteur des évolutions nécessaires pour tenter de contenir la dérive climatique et freiner l’effondrement de la biodiversité.

Dans le monde d’après, on est réduit à s’indigner des retours en arrière concédés aux lobbies qui préfèrent voir la vie disparaître de notre planète plutôt que de renoncer à leurs rentes.

Dans le monde d’avant, on déplorait la déconnexion entre les propos de tribunes échangés lors des grand-messes internationales et la mise en œuvre par les États des grands principes proclamés la main sur le cœur.

Dans le monde d’après, l’échec, à Cali (Colombie) de la COP 16 de la Convention sur la diversité biologique à financer les mesures nécessaires pour « sauver la nature » n’émeut personne. Il n’a eu droit, cette semaine, qu’à quelques secondes d’antenne, mécaniques et blasées. Il est vrai que l’actualité était chargée et dramatique : les images de Valencia sous les eaux, des centaines de morts et autant de disparus, occupaient toute la bande passante. A Cali, la représentante de l’Union européenne, Florika Fink-Hooijer, a souligné le lien entre ces dramatiques inondations et la COP16 : « Si nous agissons sur la biodiversité, nous pouvons au moins amortir certains des impacts climatiques ». Mais qui était encore là pour l’écouter ? A l’heure de voter les financements nécessaires, la majorité des délégués étaient partis se coucher, et la conférence s’est achevée en eau de boudin… faute de quorum ! Peut-on imaginer spectacle plus pitoyable ?

De combien d’argent parle-t-on ? 200 milliards d’euros par an. Par comparaison, les économistes s’accordent à chiffrer à 240 milliards le « quoi qu’il en coûte » décidé par la France pour faire face à la crise liée au Covid 19. Et le coût de la catastrophe espagnole dépassera, c’est certain, la dizaine de milliards d’euros.

Dans le monde d’après, peut-on encore espérer que les États se mobilisent enfin pour sauver, « quoi qu’il en coûte », la vie sur Terre ?