Floride : des moustiques OGM pour démoustiquer

Photo d'illustration © Hans Braxmeier de Pixabay

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L’autorité de démoustication des Keys de Floride va lâcher des moustiques mâles génétiquement modifiés pour bloquer la reproduction de l’espèce propagatrice de parasites et de maladies.

Par quatre voix contre une, et à l’issue d’une audience publique (virtuelle) de deux heures, la commission exécutive du Florida Keys mosquito control district (FKMCD)a décidé qu’à partir de janvier prochain, des moustiques génétiquement modifiés, produits en Angleterre par la société de biotechnologie Oxitec, seraient lâchés dans la nature pour tenter de réguler la population de moustiques Aedes aegypti, propagateurs de la fièvre jaune, de la dengue et du Chikungunya. Ce moustique est considéré comme un des plus importants vecteurs de maladies. Il a un mode de vie qui le rend particulièrement proche de l’homme et, comme la plupart des moustiques, semble pouvoir rapidement développer des résistances à la plupart des insecticides. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

L’idée des chercheurs est donc de saturer le  territoire de moustiques mâles génétiquement modifiés pour que leur descendance soit constituée uniquement de mâles, qui seront porteurs des mêmes caractères génétiques et dont les descendants seront à leur tout uniquement des mâles, en sorte qu’en quelques générations le « stock » de femelles disponibles pour la reproduction (et piqueuses, contrairement aux mâles) s’amenuise et disparaisse, conduisant à la disparition de l’espèce.

Ce projet suscite une grande inquiétude en Floride et plus largement dans le monde. Une pétition d’opposants a recueilli plus de 25 000 signatures. Leur crainte : l’apparition d’une lignée de moustiques super-résistants. En effet, pour produire les œufs des moustiques OGM relâchés, la société qui les produit doit maintenir en vie une population de femelles résistantes. Pour cela, elle ajoute à l’eau dans laquelle les larves se développent un antibiotique (la tétracycline). Outre des moustiques super-résistants, l’opération ne risque-t-elle pas de propager dans la nature des bactéries elles-mêmes résistantes aux antibiotiques ? On sait également que les moustiques colonisent de nouveaux territoires en voyageant, notamment, en bateau. Les opposants redoutent donc que, en cas de dérapage, ces souches pathogènes soient largement dispersées dans le monde.

Les autorités scientifiques et la commission du FKMCD se sont montrés rassurants, en jugeant ces scénarios « hautement improbables ». Mais sans certitude.

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