Etats-Unis : le dossier explosif des bombes au cyanure

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Des particuliers et des ONG américains mènent une croisade contre l’agence Wildlife Services, qui plante des bombes au cyanure à travers le pays pour tuer des espèces déclarées nuisibles, occasionnant des accidents sur les hommes et les animaux domestiques.

Depuis plus de trois ans, Theresa Mansfield et son mari, des résidents américains de l’Etat d’Idaho, mènent une campagne juridique et politique visant à tenir le gouvernement responsable d’avoir tué leur chien et empoisonné leur enfant en posant une bombe au cyanure à 100 m de leur maison. Ils espèrent ainsi faire interdire l’utilisation de bombes au cyanure dans tout le pays, rapporte le Guardian. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Les « bombes au cyanure », ou M-44, sont des pièges destinés à tuer renards, coyotes et chiens sauvages par la diffusion d’un nuage létal de cyanure de sodium. Elles ont été ré-autorisées par l’administration Trump fin 2019. L’agence américaine qui les installent s’appelle « Wildlife Services » et a fonctionné pendant des années dans une relative obscurité, avec une surveillance limitée du Congrès, d’après le Guardian. Hébergée au sein du ministère de l’agriculture, l’agence travaille principalement pour le compte d’éleveurs et d’agriculteurs privés, tuant les « nuisibles » qui causent des problèmes aux intérêts agricoles. En 2018, elle a exterminé près de 1,5 million d’animaux indigènes, ainsi qu’un nombre considérable d’animaux envahissants. Rien qu’en 2018, les bombes au cyanure ont tué 6500 animaux.

Le député Peter DeFazio de l’Oregon, critique de longue date de Wildlife Services, décrit une agence au fonctionnement décentralisé, peu transparent, et parfois inconnue des forces locales. Ainsi Lorin Nielsen, le shérif du comté de Bannock, dont l’équipe de détectives a répondu à l’empoisonnement des Mansfield, n’avait jamais été informé que l’agence plaçait des bombes au cyanure dans sa communauté, ni même qu’une telle chose existait. Parmi les soutiens de l’agence figurent des organisations agricoles influentes. L’American Sheep Industry Association a qualifié le M-44 d' »outil essentiel » qui a « fait ses preuves en matière de protection du bétail et de l’environnement« . Dans le passé, Wildlife Services a déclaré qu’elle s’engageait « à utiliser ces appareils de manière sûre et responsable« , mais ses critiques affirment que l’utilisation de bombes au cyanure, et l’agence qui les administre, sont désormais hors de contrôle.

Depuis l’empoisonnement, les Mansfields ont mené une croisade contre Wildlife Service, notamment en intentant un procès contre l’agence devant la cour fédérale de l’Idaho. En mai 2019, DeFazio et le membre républicain du Congrès Matt Gaetz ont réintroduit un projet de loi, baptisé « Loi de Canyon », en référence à l’enfant empoisonné des Mansfield, qui vise à interdire les bombes au cyanure dans tout le pays.

En réponse à l’incident de Pocatello, Wildlife Services a accepté en 2017 d’imposer un moratoire sur l’utilisation des M-44 dans l’Idaho, et l’année dernière, l’Oregon est devenu le premier État de la nation à adopter une loi interdisant les M-44 sur son territoire. Selon une liste d’incidents compilée par le groupe environnemental Predator Defense, environ 40 animaux domestiques ont été tués par des M-44 dans tout le pays depuis 2000, et de nombreux humains ont été exposés. Mais les efforts des opposants au M-44 se heurtent à l’inertie du gouvernement Trump. Ceux-ci continuent d’être utilisés dans une douzaine d’États à travers le pays, et la loi Canyon est actuellement bloquée au Congrès.

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