Braconnage : entre réussite et échec, des actions sur tous les fronts pour enrayer le commerce illégal (4 mn)

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L’éléphant, le rhinocéros, la civelle et le pangolin sont quatre animaux très recherchés par les braconniers pour leur prix sur le marché noir. ONG, scientifiques et gouvernements tentent, avec plus ou moins de succès de les protéger, en usant de différentes méthodes.

Des scientifiques veulent inonder le marché noir de fausses cornes de rhinocéros réalistes en crin de cheval afin de réduire le braconnage illégal. La corne de rhinocéros est recherchée pour une variété d’utilisations, de la médecine traditionnelle chinoise aux sculptures ornementales, et le commerce international illégal est florissant. Rien qu’en Afrique du Sud, 769 rhinocéros ont été braconnés en 2018. Alors que plusieurs approches ont été examinées pour s’attaquer au commerce, allant de la stigmatisation de l’utilisation de la corne à la légalisation du commerce intérieur, les experts disent qu’il existe une autre option : inonder le marché avec des contrefaçons, afin de faire s’effondrer le prix de la corne de rhinocéros.

Mis en balance avec les pénalités élevées en cas d’arrestation, le gain pourrait ainsi ne pas justifier un braconnage risqué. La corne de rhinocéros n’est constituée que de kératine, la même protéine qui se trouve dans nos ongles et le crin de cheval. Récemment, des scientifiques ont affirmé avoir fabriqué une fausse corne de rhinocéros convaincante en agglomérant ensemble les poils de la queue d’un cheval avec une colle à base de soie. Pour parfaire la supercherie, de la cellulose a également été incluse dans le mélange artificiel pour ressembler à la matière végétale qui s’incruste dans la corne lorsque l’animal ‘aiguise contre un arbre. Le résultat est un objet qui présente des propriétés similaires à celles de la vraie corne, qui sent pareil et ne peut pas même démasqué au microscope. « Il ressort de notre enquête qu’il est assez facile, tout en étant bon marché, de fabriquer un matériau inspiré de la corne biologique qui imite la touffe de poils de nez extravagante et coûteuse du rhinocéros« , écrivent les auteurs dans une étude. Le Docteur Richard Thomas, de l’ONG Traffic, a déclaré que si l’intention était bonne, la méthode n’était pas sans risque : « Promouvoir une alternative synthétique pourrait aider à renforcer la perception que la corne de rhinocéros est un produit désirable, perpétuant ainsi la demande existante« . Au lieu de cela, Traffic insiste sur la nécessité de réduire la demande de corne de rhinocéros. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Si la corne de rhinocéros peut être imitée, la défense d’éléphant en ivoire, elle, ne peut être reproduite. Un moratoire sur le commerce de l’ivoire est ainsi la seule option juridique pour faire baisser la demande. En Grande Bretagne, des vendeurs d’antiquités viennent ainsi d’échouer dans une tentative de renverser l’interdiction totale du commerce de l’ivoire. Le mois dernier, un petit nombre d’antiquaires britanniques avaient contesté l’interdiction totale du commerce de l’ivoire introduite par le gouvernement anglais devant la Haute Cour de justice en 2018, faisant valoir que la vente d’objets du « patrimoine culturel » n’avait aucun impact sur le marché des défenses illégalement obtenues. La Loi sur l’ivoire de 2018, qui n’est pas encore entrée en vigueur, criminalise le commerce de tous les objets en ivoire en Grande Bretagne, avec quelques exceptions artistiques. Les négociants ayant porté plainte avaient déclaré que l’interdiction portait atteinte à la Convention européenne des droits de l’homme en s’immisçant dans les droits de propriété des individus. Mais la Haute Cour de justice a jugé que cette législation ne violait pas le droit européen. La Commission européenne envisage d’imposer de nouvelles restrictions au commerce de l’ivoire au sein de l’UE, en s’appuyant en partie sur la loi britannique sur l’ivoire.

Quand les interdictions ne suffisent pas et que les espèces continuent à être braconnées, la police de l’environnement a la responsabilité de poursuivre les criminels. Récemment, les polices européennes ont saisi plus de cinq tonnes de civelles, espèce menacée vendue à prix d’or sur le marché asiatique, au cours d’une vaste opération menée pendant plusieurs mois à travers l’Europe, a annoncé Europol mercredi 6 novembre. Cette opération, qui s’est déroulée entre octobre 2018 et avril 2019, visait à lutter contre le trafic d’espèces menacées d’extinction dans l’Union européenne. Elle a permis la saisie de 5.789 kg de civelles, des alevins d’anguille, d’une valeur estimée à 2.000 euros par kilo. Les petits poissons étaient placés dans des sacs en plastique et des valises, camouflés par d’autres marchandises, avant d’être envoyés en Asie par avion, a indiqué Europol, l’agence européenne de coopération entre les polices criminelles, dans un communiqué. Toutes les civelles saisies ont été réintroduites dans leur habitat naturel, étape « cruciale » pour la survie de l’espèce, a précisé Europol. Les polices ont mené plus de 400 actions dans dix pays d’Europe, dont la France, la Bulgarie, la Suisse et l’Espagne, menant à l’arrestation de 154 trafiquants présumés. Les autorités espagnoles ont notamment pu identifier quatre organisations criminelles impliquées dans un trafic de civelles. Cette activité illégale leur aurait permis d’engranger plus de 6 millions d’euros par an. Les civelles, protégées depuis 2009, font l’objet d’un trafic qui serait évalué à plusieurs milliards d’euros entre l’Europe et les marchés asiatiques, particulièrement friands de ce mets. La civelle continue d’être pêchée par centaines de tonnes, principalement en France, dénonçait en 2018 l’association de protection Sustainable Eel Group. Autrefois abondantes dans les rivières européennes, ces alevins d’anguilles sont aujourd’hui menacés d’extinction. Leur pêche est très strictement réglementée, avec un système de licences et quotas, destinés pour partie à la consommation et pour partie au repeuplement des rivières.

Parfois, ni la justice, ni les efforts de protection de la justice et de la police de l’environnement ne suffisent pour enrayer le trafic illégal d’espèces. Ainsi le trafic des pangolins, un petit mammifère à écailles, a pris sous le contrôle de groupes criminels des proportions inquiétantes qui nécessitent une riposte rapide pour éviter leur extinction, ont averti mercredi des défenseurs de la faune. Près de 100.000 d’entre eux sont victimes chaque année en Asie et en Afrique d’un trafic illégal qui en fait l’espèce la plus braconnée au monde, largement devant les bien plus médiatisés éléphants ou rhinocéros, selon l’ONG WildAid. Leur chair délicate est très prisée des gourmets chinois et vietnamiens, tout comme le sont leurs écailles, leurs os et leurs organes de la médecine traditionnelle asiatique. Lors d’une réunion à Johannesburg en 2016, la Convention internationale sur le commerce d’espèces sauvages menacées d’extinction (Cites) a voté l’inscription des pangolins à son annexe 1, qui interdit strictement son commerce. Malgré cette mesure, leur trafic n’a fait que s’accroître. Les saisies officielles de pangolins ont progressé de 21 kg en 2011 à plus de 68 tonnes cette année, a indiqué WildAid. Selon un chercheur du programme de recherches sur la criminalité ENACT, financé par l’Union européenne (UE), le trafic de pangolins africains est tombé sous la coupe de groupes criminels qui les exportent depuis l’Afrique du Sud. Malheureusement, a regretté Richard Chelin, le gouvernement de Pretoria n’a pas pris la mesure de la menace. « Il faut agir maintenant« , a estimé M. Chelin. « Il est vital de comprendre et d’empêcher le trafic illégal des pangolins avant qu’il ne soit trop tard« , a-t-il poursuivi, en exhortant les autorités sud-africaines à renforcer la répression des trafiquants. Selon les ONG, l’Afrique australe est la dernière région de la planète à abriter des populations importantes de pangolins.

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