Le commerce de faune sauvage touche une espèce vertébrée terrestre sur cinq (2 mn 30)

Photo © Alexas_Fotos de Pixabay

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Une nouvelle étude montre qu’une espèce de vertébré sur cinq fait l’objet d’un commerce, légal ou illégal, dans le monde. Comme en écho à ce chiffre, le Liban a tiré la sonnette d’alarme sur le braconnage d’oiseaux migrateurs menacés sur son territoire.

Plus de 5.500 espèces d’oiseaux, de mammifères, d’amphibiens et de reptiles font l’objet de commerce légal ou illégal dans le monde, soit 18% des espèces vertébrées terrestres, un chiffre plus élevé de moitié que les estimations précédentes, selon une étude parue dans la revue Science. Les espèces les plus visées sont souvent celles qui sont les plus vulnérables ou menacées d’extinction, ont calculé les chercheurs des universités de Floride et de Sheffield. Pour les mammifères, 27% des espèces sont touchées, principalement pour en tirer des produits, comme c’est le cas pour les pangolins, tués pour leurs écailles et leur viande. Amphibiens et reptiles sont plus souvent vendus comme des animaux de compagnie ou pour des zoos, des cirques ou des expositions. 23% des espèces d’oiseaux sont achetées et vendues, à la fois comme animaux de compagnie et pour en extraire des produits (trophées, médicaments…). [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Le grand calao à casque rond est par exemple chassé pour son casque dur en forme de bosse. Les auteurs notent que leur estimation du nombre d’espèces concernées est supérieure de 40 à 60% à celles d’études précédentes. Et ils prévoient que les commerces futurs, légaux et illégaux, ajouteront entre 317 et 3196 espèces supplémentaires à la liste, principalement les espèces proches des espèces déjà chassées, ou celles d’animaux relativement gros, plus prisés. Leur conclusion: « l’attention doit être portée non seulement sur les espèces déjà cibles de commerces, mais également sur celles qui ont la plus forte probabilité d’être ciblées à l’avenir« . Ils donnent l’exemple du trafic de pangolins d’Afrique, qui a commencé à remplacer le pangolin d’Asie après que celui-ci a commencé à décliner. « Les espèces abondantes ne sont pas forcément à l’abri, préviennent les auteurs. Les espèces sont souvent ajoutées aux listes de protection après qu’un déclin important a été observé« .

Comme en écho à cette nouvelle étude sur le commerce des espèces, des associations pour la protection des oiseaux au Liban ont réclamé mardi 8 octobre une action urgente pour sauver des espèces migratrices en danger, décimées par les braconniers. Pour les 41 espèces au Liban considérées comme particulièrement menacées, « la situation est vraiment critique« , indique à l’AFP Fouad Itani, président de l’Association pour la protection des oiseaux au Liban. « Si rien n’est fait, les effectifs vont continuer à chuter et certaines espèces vont tout simplement disparaître« , met-il en garde. Le pays du Cèdre se trouve sur l’une des principales routes migratoires. Ici la chasse aux oiseaux est un passe-temps extrêmement populaire dans les montagnes. Mais si elle est en principe réglementée par les autorités, les violations sont nombreuses. Ainsi pour de nombreuses espèces -notamment les cigognes, mais aussi l’aigle pomarin ou les pélicans – le Liban est la partie la plus dangereuse du voyage migratoire.

« Des centaines de milliers de cigognes blanches sont tuées au Liban chaque année« , déplore M. Itani. Selon les dernières statistiques officielles disponibles, 2,6 millions d’oiseaux appartenant à près de 200 espèces ont été tués de manière illégale en 2014. Pour M. Itani, ces chiffres ont dû augmenter depuis. Dans certaines régions, les organisations de protection des oiseaux ont pu sensibiliser les populations. Mais dans le nord du pays la situation demeure « hors de contrôle« , selon un communiqué commun publié par plusieurs ONG, après une visite de terrain organisée mardi pour sensibiliser responsables libanais et étrangers. Les braconniers du nord « chassent pour le plaisir, pour les gros chiffres« , assure à l’AFP M. Itani. « Ils tirent même de nuit, en utilisant des projecteurs. Ils ont des groupes WhatsApp pour traquer ensemble les oiseaux« . Des pays comme la Pologne qui se trouvent également sur la même route migratoire ont fait pression sur le Liban pour une réelle action sur ce dossier. Cette année, les organisations de défense des oiseaux ont contribué à faire baisser le braconnage dans certaines zones, grâce à des campagnes de sensibilisation ou en coopérant avec les autorités, selon le Comité contre le massacre des oiseaux, une des ONG nommées par le communiqué. Pour lutter contre le braconnage, le texte appelle à la création d’une unité spécialisée dans la lutte contre les crimes qui touchent les espèces sauvages.

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