Le Japon reprend la pêche à la baleine, l’Islande y renonce (3 mn)

Photo © David-Nieto-on-Unsplash.

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L’une des trois espèces de baleines visées par les Japonais qui ont repris lundi la chasse commerciale dans les eaux nippones est menacée d’extinction, et d’autres groupes des deux autres espèces ne se portent pas fort, selon des experts. De son côté, l’Islande a annoncé qu’elle annulait sa saison de pêche à la baleine.

Le gouvernement japonais avait annoncé il y a six mois son retrait de la Commission baleinière internationale (CBI), s’affranchissant ainsi du moratoire de 1986 sur la pêche commerciale. Et des navires japonais ont harponné lundi deux baleines de Minke, les deux premières d’un quota de 227 mammifères autorisés d’ici décembre dans les eaux territoriales japonaises: 150 rorquals de Bryde, 52 baleines de Minke et 25 rorquals boréals. Cette dernière espèce est classée « en danger » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Long de 20 mètres, ce cétacé, le plus gros du monde après la baleine bleue et le rorqual commun, a été la cible principale des captures « scientifiques » japonaises depuis le début des années 2000. Les deux autres ne suscitent qu’une « préoccupation mineure », signe qu’elles ne font pas face à un danger d’extinction. Mais la réalité est plus nuancée, et ces espèces aussi pourraient subir certaines conséquences, explique à l’AFP Justin Cooke, membre du comité scientifique de la CBI et du groupe « cétacés » à l’UICN. « Il y a deux sortes de baleines de Minke exploitées au large des côtes japonaises, note-t-il. L’une qui se trouve dans les eaux côtières – dans la mer du Japon, la mer de Chine orientale et la mer Jaune – est décimée en raison d’une longue histoire de captures par le Japon et la Corée du Sud« . Et au-delà de celles ciblées par les baleiniers, certaines sont des victimes collatérales des filets des pêcheurs de poissons.[ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Cette population côtière connue sous le nom de « stock J » a la particularité de se reproduire en été plutôt qu’en hiver, contrairement aux autres baleines à fanon. Des études des agences de pêche japonaise et sud-coréenne ont estimé leur nombre à environ 1.500, selon Justin Cooke. Le « stock O » qui se reproduit l’hiver et compte environ 25.000 individus se trouve plus au nord dans la mer d’Okhotsk, dans les eaux russes. Comme pour d’autres baleines, des sous-populations d’une même espèce peuvent développer des comportements différents, que les biologistes décrivent comme leur culture. Il existe également deux sous-espèces du rorqual de Bryde, qui peut faire jusqu’à 17 mètres de long. Le Japon avait arrêté de le chasser en 1987 mais avait autorisé à nouveau 50 captures dans les eaux internationales à partir de 2000, « pour des raisons scientifiques« . La population du Pacifique Nord, qui vit dans la zone économique exclusive du Japon, a récemment été estimée à plus de 26.000 individus par le comité scientifique de la CBI. Lors du dernier décompte il y a 20 ans, il existait moins de 170 représentants de l’autre groupe, qui est l’objet, dans les eaux du sud du Japon, d’un tourisme lié à l’observation des cétacés, selon Justin Cooke. Quant au rorqual boréal, les experts divergent sur sa description. « Les scientifiques japonais assurent qu’il n’y a qu’une population dans tout le Pacifique Nord, explique M. Cooke. Mais ils n’ont collecté des données que près des côtes« . D’autres scientifiques évoquent cinq populations distinctes, dont l’une près de la côte ouest qui va désormais être chassée pour sa viande. Ce groupe ne compterait que 400 individus, selon Cooke.

Au Japon, les défenseurs de la pêche à la baleine s’enthousiasment de sa reprise. Consommer de la baleine fait selon eux partie de la culture alimentaire japonaise depuis toujours. Sumiko Koizumi, patronne d’un autre établissement de Tokyo, est optimiste. « La reprise de la chasse commerciale est une excellente chose, mais c’est notre responsabilité d’en faire connaître les vertus, de proposer de nouvelles recettes« . « La viande de baleine, c’est cinq fois moins riche en calories que le boeuf, il y a dix fois moins de cholestérol, c’est deux fois moins gras que le blanc de poulet, c’est bourré de fer, mais à l’étranger ça ne se sait pas« , précise le restaurateur Tani. A ceux qui s’opposent à la chasse à la baleine à cause des risques de disparition des espèces ou par idéologie, le secteur et les autorités répondent que les quotas sont précisément fixés « pour maintenir la population baleinière de façon durable« . Puisque la pêche en haute mer, et particulièrement en Antarctique, est arrêtée, « les espèces commerciales seront différentes mais d’une façon générale je pense que la qualité va s’améliorer« , estime Kenta Yodono, représentant commercial de la société de pêche de baleine Kyodo, qui exploite le Nisshin-Maru, navire-amiral de la flotte baleinière nippone. Face aux défenseurs des cétacés qui dénoncent la cruauté de la chasse, M. Yodono assure que « les pêcheurs japonais font en sorte que le temps de l’agonie soit réduit« , mais « tout animal mangé est d’abord un animal tué« , rappelle le restaurateur Tani. Et, souligne M. Yodono, « les Japonais en ont si conscience que par tradition ils ne débutent jamais un repas sans avoir auparavant remercié les divinités de la nature pour la nourriture qu’elle leur donne« . C’est ce que signifie l’expression « itadakimasu » (je reçois).

De son côté, l’Islande a annoncé qu’aucune baleine ne sera harponnée cet été, les deux entreprises spécialisées ayant décidé de renoncer à la saison 2019, une première depuis 17 ans sur l’île de l’Atlantique nord. Après avoir un temps envisagé de prendre la mer fin juin ou début juillet avec un seul bateau, l’entreprise IP-Útgerd ehf., spécialisée dans la chasse à la baleine de Minke, a annoncé sa décision d’abandonner la campagne estivale. Du fait de l’extension d’une zone côtière interdite de pêche, « nous devons aller plus loin des côtes pour chasser la baleine de Minke et c’est plus coûteux« , a expliqué à l’AFP le directeur général de la société, Gunnar Bergmann Jónsson, préférant privilégier la pêche au concombre de mer. De son côté, Hvalur hf., spécialisée dans la chasse au rorqual commun, le plus gros cétacé après la baleine bleue, avait indiqué début juin à l’AFP qu’elle renonçait à la saison 2019 faute de temps pour préparer sa flotte. Les permis de chasse délivrés par le ministère islandais de la Pêche et de l’agriculture après l’établissement de nouveaux quotas fin-février sont arrivés trop tard, privant l’unique entreprise islandaise de chasse au rorqual commun du temps nécessaire à la maintenance de ses navires, selon la presse
locale. Le directeur général de Hvalur hf., Kristján Loftsson, a par ailleurs fait valoir les difficultés à écouler la viande sur le marché japonais, selon la télévision publique RÚV. C’est la première fois depuis 2002 qu’aucune baleine ne sera harponnée en Islande, le pays ayant décidé de reprendre la chasse en 2003 après s’être opposé au moratoire de la Commission Baleinière Internationale (CBI) de 1986 qui l’interdisait. En 2018, 145 rorquals communs et six baleines de Minke ont été harponnés. Le ministère de la Pêche avait fixé au début de l’année à 209 le quota de prises annuelles pour le rorqual commun, et à 217 pour la baleine de Minke jusqu’en 2023.

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