🆓 Les humains sont capables de décrypter – en partie – les cris des chimpanzés et les chants d’oiseaux

Illustration © Dieter_G de Pixabay

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Les hommes sont capables de déterminer si les chimpanzés se trouvent dans un contexte positif ou négatif, juste en écoutant leurs vocalisations, d’après une étude. L’enregistrement et l’analyse des chants d’oiseaux permet également de décrypter le contexte de leur émission et les émotions des émetteurs.

Aux cris d’un chimpanzé, les humains sont capables de deviner si le primate se fait attaquer, découvre de la nourriture ou subit une séance de chatouilles, selon une étude publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B. « Pour la première fois, nous démontrons que l’homme est capable de déduire de vocalisations d’autres espèces, les contextes comportementaux dans lesquels elles ont été produites« , explique à l’AFP Roza Kamiloglu de l’Université d’Amsterdam, coauteur de l’étude. Pour arriver à ces conclusions, près de 3.500 personnes, non expertes en primates, ont été invitées à écouter 150 vocalisations de 66 chimpanzés, puis à déterminer si l’animal se trouvait dans un contexte positif ou négatif et s’il était détendu ou excité. « L’individu se trouve dans une situation négative lorsque par exemple il est attaqué par un autre chimpanzé, lorsqu’il fait face à quelque chose d’effrayant ou est séparé de sa mère« , détaille Roza Kamiloglu.

Les chatouilles et les bons repas illustrent, eux, les contextes positifs. « Nos résultats montrent que les auditeurs sont plus à même de déduire des informations à partir de vocalisations négatives que positives« , note la chercheuse, ajoutant que « les situations négatives impliquent un danger et peuvent être plus importantes pour la survie« . Parmi les participants, 300 ont ensuite dû relier les vocalisations à dix contextes comportementaux définis par les chercheurs, selon s’ils pensaient que le primate découvrait de la nourriture, était chatouillé ou attaqué par un autre chimpanzé, ou si lui-même menaçait un congénère agressif ou un prédateur… Les autres ont été invités à indiquer si oui ou non le cri entendu correspondait à un contexte comportemental. Ce pour chaque contexte. Selon l’étude, « les résultats montrent que les auditeurs ont réussi à faire correspondre les vocalisations avec la plupart des contextes« . Une aptitude due au fait que nous sommes « génétiquement étroitement apparentées » aux chimpanzés.

Dans un article publié dans The Conversation, l’éthologiste Sébastien Derégnaucourt rappelle que l’étude, depuis des siècles, des sifflements, chants, et gazouillis d’oiseaux nous a permis au fur et à mesure de mieux les comprendre. La possibilité, depuis la deuxième moitié du XXè siècle, d’enregistrer et d’analyser leurs vocalisations, voire de les synthétiser avant de les diffuser, y contribue pour beaucoup. « Cette procédure permet de tester la réaction des oiseaux à des stimuli naturels ou artificiels, et d’essayer ainsi de décoder le message véhiculé en identifiant les sons ou les paramètres acoustiques pertinents dans la transmission du message« , explique l’auteur. La description du répertoire vocal des oiseaux consiste d’abord à classer les vocalisations en fonction de leur « contexte d’émission et de leur sémantique« , par exemple des cris de contact lors de la communication entre individus d’un groupe social, ou des cris d’alarme lors de la détection d’un prédateur.

La structure acoustique de certains cris peut également être modifiée en fonction de l’état émotif de l’émetteur. « Par exemple, chez le diamant mandarin mâle, la structure spectrale du cri de contact produit en présence d’un congénère est différente de celle du cri produit lorsque l’émetteur est isolé et stressé. La diffusion de ces cris de contact produits par un individu stressé entraîne une augmentation de corticostérone, l’hormone du stress, chez les oiseaux testés, ce que l’on peut caractériser comme une contagion émotionnelle. » Il est par ailleurs admis, aujourd’hui, que les chants peuvent aussi renseigner sur des éléments de l’environnement, comme la présence de prédateurs. « Chez la mésange japonaise, les oiseaux produisent des cris différents pour désigner différents types de prédateurs. Chez le toui à lunettes […], les individus utilisent des cris distincts pour interpeller chaque individu du groupe. » Autant caractéristiques de qui nous permettent de mieux pénétrer le monde propre des oiseaux.