Par Jean-Philippe Grillet – J’avais 18 ans. J’aimais les fleurs et les abeilles. Un vieil apiculteur m’avait appris à gérer les trois ruches que je venais d’acquérir et d’installer en montagne. Je n’éprouvais aucune crainte vis à vis des abeilles, mais une immense fascination pour leur manière de voler, de butiner, de vivre dans des colonies comportant chacune plusieurs dizaines de milliers d’individus.
Tant d’années plus tard, je goûte toujours leur miel avec bonheur ! Et, quand une abeille m’approche, je lui tends la main, souvent elle se pose sur celle-ci et je l‘observe aussi longtemps qu’elle veut bien m’accepter…
Inutile de dire qu’à peine découvert, le livre de Mathieu Lihoreau m’a séduit. D’autant que l’auteur est éthologue : il étudie l’intelligence, la psychologie, la vie de plusieurs espèces d’insectes, dont les abeilles. Il nous permet ainsi de découvrir l’incroyable richesse du comportement des abeilles à miel et des 20 000 (oui, vingt mille !) espèces cousines : bourdons, guêpes, fourmis, abeilles sans dard, abeilles solitaires, etc. Comment s’orientent-elles ; communiquent-elles au sein de la ruche ; font-elles fonctionner leur cerveau, certes minuscule, mais si efficace ?
Une fois qu’une fleur est localisée, la butineuse doit juger si celle-ci constitue une source de nourriture intéressante. Pour cela elle est dotée d’un système gustatif qui lui permet de goûter le nectar et le pollen par contact avec ses pattes et sa trompe. Si la nourriture est bonne, la butineuse apprend à reconnaître toutes les fleurs de la même espèce en se remémorant l’aspect visuel (couleur, forme, motifs) et olfactif (odeur) de la fleur visitée.
Au-delà de ce propos passionnant, l’auteur poursuit en posant une question essentielle : quel rôle les abeilles et les insectes en général jouent-ils au sein des milieux naturels qu’ils contribuent à enrichir et maintenir en bon état ? Il y répond de manière fort convaincante et, une fois encore, parfaitement compréhensible pour les béotiens que nous sommes face à une telle complexité. Et conclut ainsi : les insectes ont une histoire vieille de 400 millions d’années. Les 300 000 ans qui se sont écoulés depuis l’apparition des premiers hommes paraissent bien dérisoires à côté. Ouvrons les yeux sur ce monde des minuscules où l’intelligence s’est frayée d’autres chemins.
Jean-Philippe Grillet
À quoi pensent les abeilles, Mathieu Lihoreau, éditions Humen Sciences, 2023, 213 pages, 18 €


