Marie-Thérèse est morte le 18 octobre 2024. Son agresseur est mort aussi. Et l’autrice des coups de bâton vengeurs encourt un mois de prison avec sursis. C’est ce qu’a requis le Parquet dans cette affaire inhabituelle jugée la semaine dernière au tribunal correctionnel de Strasbourg.
Marie-Thérèse était une poule. Sa meurtrière, une jeune lynx en détresse et affamée, qui s’est introduite dans son enclos pour la dévorer sous les yeux de sa propriétaire qui, volant à son secours, s’est acharnée sur la chapardeuse. Malheureusement, cette dernière appartient à une espèce en danger critique d’extinction et strictement protégée, pour la survie de laquelle chaque individu compte.
Cette histoire navrante met en présence trois espèces aux statuts fort différents : une représentante de l’espèce humaine (celle qui fait les lois et qui dit le droit), une d’une espèce « domestique » (rendue dépendante de l’humain) et une d’une espèce sauvage. Juridiquement, en tuant la jeune féline, la bastonneuse gallinophile n’a causé de dommage à personne (à personne d’humain en tout cas) puisqu’un animal sauvage n’appartient à personne, c’est une « res nullius ». Alors, pourquoi lui chercher querelle ? Parce qu’en éliminant un individu d’une espèce certes sauvage, mais élue -par nous- parmi celles dignes de protection, elle a causé un trouble à l’ordre public. Eut-elle occis un renard, on l’en aurait sans doute congratulée… Pourtant, en quoi la souffrance d’un lynx surpasse-t-elle celle d’un renard ?
Pour sa défense, elle a argué de son émotion devant « la perte d’un être cher », précisant avoir toujours dix-huit mois après les faits, la pauvrette, « des difficultés à faire son deuil ».
Le Justice est bonne fille. Elle aurait pu aussi reprocher à la justicière l’insuffisance de la protection accordée à sa poule bien-aimée, qu’elle a mise en danger en ne lui prévoyant pas un enclos assez sûr. Les mauvais traitements -même par abstention- infligés à un animal domestique sont punis par le code pénal.
Mais pourquoi l’accabler en sus de la perte inestimable de la poule de sa vie ? Comme Marie-Thérèse et sa prédatrice, elle est dans cette affaire une victime. Victime de l’inconséquence de notre rapport au vivant en général, au monde animal en particulier.

