Une magnifique apocalypse

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On prête à Winston Churchill le fameux aphorisme « Il ne faut jamais gaspiller une bonne crise ». Au-delà de son coût faramineux pour les civils iraniens et des ravages qu’elle inflige à la morale et au droit international, la guerre imbécile déclenchée dans le golfe Persique par Netanyahou et Trump s’annonce comme un légendaire gâchis !

Elle met pourtant sous les yeux de tous ce que les scientifiques serinent sans relâche : l’extrême vulnérabilité d’un système économique fondé sur le recours à l’énergie fossile.

Prenons le cas de l’Italie : elle paye déjà la facture d’électricité la plus élevée d’Europe, elle est en outre le pays du Vieux Continent le plus exposé à une vertigineuse augmentation de son coût. Pourquoi ? Parce que le gouvernement Meloni, par aveuglement idéologique, a délibérément sabré tous les investissements dans les énergies renouvelables et tout misé sur le gaz naturel. Celui qui est actuellement bloqué dans le détroit d’Ormuz. C’est malin…

Cette semaine, la plus grande entreprise privée ayant son siège en France, Totalénergies, a signé avec tambours et trompettes un deal à 1 milliard de dollars avec le gouvernement Trump. Aux termes de ce deal, Total renonce à exploiter deux concessions de projets d’éoliennes en mer et, à la place, investira cette somme dans… le gaz et le pétrole américains !

Simultanément, Total investit dans le pharaonique projet Eacop, un oléoduc de 1400 km qui sera le plus long du monde, traversera 230 rivières, coupera 12 réserves forestières et chassera 100 000 personnes de leurs terres, tout cela pour transporter encore plus de pétrole brut vers l’économie mondiale afin qu’il soit brûlé.

Une étude publiée en septembre 2021 dans la revue Nature montrait que la majeure partie de toutes les réserves connues de combustibles fossiles doivent être laissées dans le sol pour qu’il y ait au moins une chance infime d’éviter un réchauffement de plus de 1,5 °C. Pour être plus précis, d’ici 2050, il faudrait laisser intacts environ 90 % du charbon, 60 % du pétrole, 60 % du gaz et 99 % du pétrole non conventionnel. Des deux côtés de l’Atlantique, c’est exactement le contraire que l’on fait.

« Le succès, disait aussi Churchill, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » L’extractivisme débridé nous mitonne une apocalypse… enthousiaste.