Par Christine de Colombel – Une cabane surplombant de gigantesques parois de granite, deux masques à gaz accrochés à un clou, une horloge figée sur 11 h 02. À intervalles réguliers, des brumes toxiques s’élèvent de l’abîme et dévastent tout sur leur passage. Du monde d’avant il ne reste que Myriam. Claquemurée dans une solitude insoutenable, elle lutte pour vivre. Les jours usent son ardeur à la chasse et au jardinage. Elle doit aussi aller chercher l’eau à la source et nourrir les quelques moutons qu’elle a réussi, difficilement, à sauver des vents mortels. Les livres de survie soustraits à la bibliothèque municipale où elle travaillait n’ont plus aucun secret pour elle.
C’est tout au fond de cette désolation qu’elle le trouve, lui, le petit être de la tanière, l’enfant sauvage. Appelé Jonas, il lui redonne goût à la vie en rompant sa solitude et en lui assignant un but, l’éducation de cet enfant miracle. Le futur en sera-t-il plus rose ? Pas sûr, même si les sentiments affleurent à nouveau !
Elle lui apprendra tout de la vie, du langage, des livres. Elle sera tout pour lui jusqu’à ce que la force de l’emprise lui devienne insupportable et le rejette dans la nature. Là, au milieu du vivant, il se sent bien. Il découvre la liberté…
Ses errances émerveillées nous font penser à celles de John Muir dans la Sierra, en 1868, lorsqu’il accompagnait la transhumance d’un troupeau de moutons sur les contreforts de la vallée de Yosemite en Californie. Lui, un des premiers naturalistes modernes à nous éveiller aux questions d’environnement, le père des parcs nationaux américains.
Suivons donc Jonas dans ses découvertes d’une nature mère de plaisirs.
Abandonnons la noirceur de l’emprise féroce qui règne dans cet ouvrage, laissons-nous aller à la fraîcheur d’un premier roman dans lequel un retour à la vie sauvage procure une réelle jouissance.
Et si c’était une invite à réfléchir à l’avenir de notre planète menacée !
Christine de Colombel
11 h 02, Le vent se lève, Sacha Bertrand, éditions Paulsen, 2025, 348 pages, 19 €


