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3 questions à Laure Debeir, chargée du programme « aires protégées » du comité français de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)

Infonature : Qu’est-ce que la liste verte ?

Laure Debeir : La liste verte est à la foi un label et un outil qui permet aux gestionnaires de monter en compétences. C’est donc un label qui reconnaît la bonne gestion, la bonne gouvernance et les bons résultats de conservation sur des aires protégées moyennant une procédure qui peut devenir un outil de montée en compétences pour les candidats. Un gestionnaire qui souhaite rejoindre la liste verte doit se conformer à 50 indicateurs adaptés à la juridiction française et dispose de 5 ans pour les atteindre. Il y a 4 piliers : le premier pilier est celui de la gouvernance. La structure de gouvernance du site doit être clairement définie et documentée et doit être en accord avec les règles d’autorités locales, régionales, nationales et coutumières. En gros la structure de gouvernance existe et est reconnue. Le deuxième pilier concerne la planification et la conception de l’aire protégée. Le site doit répondre à la définition de l’UICN international d’une aire protégée et doit être enregistré dans une des catégories de gestion de l’UICN (Parc national, zone de nature sauvage, aire de gestions des habitats ou des espèces…)dans la base de données mondiale des aires protégées. Le site doit également avoir un plan de gestion en cours de mise en œuvre. Le troisième pilier est celui qui mesure l’efficacité de la gestion. Le site doit entre autres prouver par une signalisation, des règlements disponibles sur le site internet ou même des arrêtés que le site sur lequel on se trouve et bel et bien une aire protégée et quelles sont les règles à suivre. Le dernier pilier découle de la mise en œuvre efficace et correcte des trois autres qui est « la conservation réussie » des valeurs naturelles, culturelles et des services écosystémiques qui sont associés au mandat de départ. Si le site arrive à justifier qu’il a atteint les 50 indicateurs pour ces quatre piliers, finalement l’inscription sur la liste verte peut aller relativement vite, entre huit mois et un an et demi.

Infonature : Quels bénéfices les gestionnaires peuvent-ils retirer de cette liste ?

Laure Debeir : Avant que le dernier site, l’île du grand Connétable en Guyane, ne soit inscrit sur la liste verte en septembre 2020, on a fait une enquête auprès des 14 lauréats inscrits depuis 2014. Ils nous ont expliqué quelles étaient les plus-values constatées après la validation de leur dossier. Souvent, les bénéfices sont en lien avec la visibilité du site au niveau local, la reconnaissance internationale et parfois même pour certains sites la possibilité de pouvoir recruter et donc d’avoir un gage de reconnaissance de la qualité de gestion qui sécurise les bailleurs et les partenaires financiers et techniques. On constate également des bénéfices en phase de candidature. Si le site n’atteint pas les 50 indicateurs mentionnés précédemment, c’est là qu’on intervient au niveau méthodologique et appui du réseau. C’est-à-dire que si l’aire protégée est en difficulté sur certaines thématiques, elle peut recevoir l’appui d’un accompagnateur et d’un évaluateur, voire de tous les experts du groupe de travail qui peuvent apporter des conseils sur les thématiques qui posent problème et aider le gestionnaire à mettre en place des plans d’actions pour atteindre l’indicateur ou les indicateurs qui ne sont pas au vert. C’est là que la liste verte même pendant la phase de candidature est utile aux sites, qui parfois ne se posent même pas la question d’évaluer leur gouvernance ou d’évaluer les services écosystémiques rendus par leur site. Ce sont des choses qui finalement sont très utiles à l’évaluation générale d’un site mais qui permettent aussi de mieux faire comprendre à la société civile et aux acteurs locaux le rôle de l’aire protégée. Même si le travail effectué pour intégrer la liste verte demande beaucoup de temps aux gestionnaires, on constate certains bénéfices. La liste reconnaît que la gouvernance est efficace dans une aire protégée et donc à partir du moment où un candidat est intégré dans la phase de candidature cela veut dire que la gouvernance est efficace. C’est une forme de reconnaissance des travaux qui ont été réalisé pour l’acceptation sociale de l’aire dans son environnement. On a également un levier intéressant en matière de prise de décision règlementaire. On a constaté au moins par deux fois et c’est peut-être le cas plus souvent que certains arrêtés ou dispositions règlementaires se sont vu accélérer par le fait que le site entrait en phase de candidature de la liste verte. Ça permet de débloquer certaines situations qui peuvent être compliquées. On a un cas intéressant pour une réserve géologique qui depuis son implication dans le programme a décidé de considérer les aspects biologiques, de biodiversité et de conservation de la nature alors que son mandat de départ était de conserver le patrimoine géologique.

Infonature : Comment la liste verte de l’UICN peut-elle accompagner la France dans la réalisation des objectifs mentionnés dans la Stratégie Nationale pour les aires protégées ? (Protéger 30 % des espaces naturels nationaux d’ici 2030, dont 10 % en protection renforcée)

Laure Debeir : La liste verte pourrait tout à fait servir à constater l’avancée des objectifs français mentionnés dans la Stratégie Nationale pour les aires protégées. C’est un outil utilisé pour faire monter en compétence des gestionnaires, un outil d’animation de réseaux, de mise en commun des solutions éventuelles pour la gestion, de mise en relation d’experts avec les gestionnaires et c’est aussi un bon indicateur pour savoir combien il y a de site sur la liste verte et pour quelles raison ces sites ont réussis et comment ils peuvent apporter leurs plus-values et leur expérience au reste du réseau. On n’est pas dans l’objectif unique d’un label et de félicitation c’est vraiment un objectif d’apporter des retours d’expériences positifs à des gestionnaires qui pourrait en bénéficier via leur réseau de sites engagés et labellisés par la liste verte en France et à l’international.

Propos recueillis
par Manon François