🔻Mer du Nord : la faune sauvage revit grâce à la diminution de la pêche

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Une étude récemment publiée dans la revue Proceedings of the Royal Society B montre que l’abondance de la plupart des espèces présentant des stratégies écologiques originales vivant en mer du Nord augmente à mesure que la pression de la pêche diminue et que les océans se réchauffent.

Certaines espèces ont la capacité de présenter des stratégies écologiques originales c’est-à-dire qu’elles vont adopter des mécanismes différents des espèces communes pour maximiser leur valeur sélective en réponse à des conditions environnementales données. Face au réchauffement des eaux et à une demande accrue des services rendus par les océans (particulièrement la pêche qui permet de nourrir plus de 10 % de la population mondiale), la résistance et la résilience des écosystèmes marins sont des préoccupations majeures. La Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) souligne qu’« optimiser la gestion de la pêche est plus que jamais indispensable et nécessite de mieux connaître la réponse des communautés de poissons face aux diverses variations de leur environnement, qu’elles soient d’origine anthropique ou naturelle. »

Une étude coordonnée par des chercheurs français et américains et co-financée par la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (FRB) dans le cadre de son Centre de synthèse et d’analyse sur la biodiversité (Cesab) et par le groupe Électricité de France (EDF), apporte des éléments de réponse en se basant sur un travail de synthèse conséquent, rassemblant 33 ans d’enquêtes scientifiques sur l’ensemble de la mer du Nord. L’objectif est de caractériser et comprendre la dynamique des communautés de poissons de la mer du Nord dans un contexte de réchauffement des eaux et de réduction progressive de l’intensité de la pêche. La réduction progressive de la pêche s’est faite à partir des années 1990 après la mise en place d’une règlementation basée sur l’application de quotas pour favoriser la pêche durable.

Pour cette étude, la FRB explique que les chercheurs se sont intéressés aux espèces dites « fonctionnellement distinctes » c’est-à-dire les espèces ayant des caractéristiques uniques comme une maturité sexuelle très tardive ou un régime alimentaire particulier par rapport aux autres espèces. Les caractéristiques écologiques (régime alimentaire, leur âge à maturité sexuelle, la taille de leurs œufs, leur positionnement dans la colonne d’eau, etc.) donnent des indications quant au rôle de ces espèces dans leur écosystème. L’équipe a estimé que les espèces fonctionnellement distinctes comme le requin-hâ (Galeorhinus galeus) ou la grande castalogne (Brama brama), peuvent « soutenir des rôles écologiques importants et potentiellement irremplaçables, et ainsi contribuer de manière disproportionnée au fonctionnement des écosystèmes », indique la FRB.

Les résultats publiés dans la revue Proceedings of the Royal Society B montrent que l’abondance de la plupart des espèces étudiées a augmenté durant ces 30 dernières années. Cette recrudescence a été majoritairement observée dans le sud de la mer du Nord, là où la pêche était historiquement plus intense. La FRB explique qu’il s’agit d’une « démonstration que les efforts de limitation des pressions liées à la pêche finissent par payer, surtout pour les espèces les plus fonctionnellement distinctes qui sont généralement non ciblées par les pêcheries mais malgré cela très sensibles à la pêche suite aux prises auxiliaires ». Comme en témoigne la liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) qui classe les espèces sauvages selon leur degré de vulnérabilité, les espèces les plus fonctionnellement distinctes, sont les plus vulnérables face à la pêche, certaines d’entre elles étant aussi parmi les plus menacées selon l’UICN. Par exemple, le requin-hâ (Galeorhinus galeus) est classé « vulnérable », l’Aquillat commun (Squalus acanthias) est « en danger » et le pocheteau gris (Dipturus Batis) est quant à lui classé « en danger critique d’extinction ».

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