« Libérer la parole » autour des incidents de chasse 

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Après la mort accidentelle de leur ami, tué par un chasseur, six femmes ont lancé un collectif pour demander un durcissement des règles de chasse.

Morgan Keane, un jeune homme de 25 ans d’origine britannique, est mort début décembre dans le Lot alors qu’il coupait du bois dans son jardin, touché au thorax par un chasseur lors d’une battue aux sangliers. Le chasseur a été mis en examen pour homicide involontaire. Son décès a provoqué une vive émotion dans la région: des centaines de personnes ont assisté à son enterrement et à des marches blanches à Carjac et à Cahors.
 « Suite à son décès, nous avons eu besoin de partager notre sentiment d’incompréhension »,explique à l’AFP une de ses proches, Peggy. Elle et cinq autres femmes, qui ont grandi à la campagne, dans des zones de chasse, ont lancé une page « Un jour un chasseur » où elles recueillent des récits d’incidents de chasse: intrusions sur des terrains privés, animaux de compagnie criblés de plombs, accidents à cheval, balles perdues…

Lundi soir, elles ont été reçues par la secrétaire d’Etat à la biodiversité, Bérangère Abba, à Paris. Sur la saison de chasse 2019-2020, 141 accidents de chasse ont eu lieu, dont 11 mortels, des chiffres en forte baisse sur 20 ans. « Les accidents restent rares par rapport au nombre de sorties de chasse, avec un million de chasseurs en France, relève Loïc Obled, de l’Office français de la biodiversité (OFB). La quasi-totalité des accidents s’expliquent par une imprudence », poursuit-il: mauvaise manipulation des armes, tirs à hauteur d’homme, vers des habitations ou des routes, non respect d’un angle de tir de 30° lors des battues… La majorité a lieu lors de chasses au grand gibier. Dans 90% des cas, les victimes sont des chasseurs. « C’est le b.a-ba de la chasse, on ne tire pas sur quelque chose qu’on n’a pas identifié », souligne Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs (FNC).

Depuis 2019, la sécurité à la chasse a été renforcée : port du gilet orange rendu obligatoire pour certaines chasses, indication de chasses en cours par des panneaux, remise à niveau tous les dix ans. Pour les jeunes femmes, ce n’est pas suffisant. Au-delà des morts et des blessés, elles posent la question des incidents de chasse. « Ce qui nous interpelle, c’est une certaine impunité dont bénéficient les chasseurs », déclare Peggy. « Des gens ne parlent pas parce qu’ils ont peur, d’autres voient leurs plaintes classées sans suite, et quand il y a un procès, la peine est ridicule,déplore son amie Léa. Des gens nous disent qu’ils n’osent pas sortir le week-end ».

Leurs revendications, portée par une tribune: améliorer la formation des chasseurs, porter l’âge du permis de chasser de 16 à 18 ans, interdire les véhicules dans les battues, signaler les battues 48h à l’avance, interdire les tirs à 1 km des habitations, un meilleur contrôle des armes… « Nous ne sommes pas contre la discussion pour améliorer la sécurité à la chasse des chasseurs et des autres usagers de la nature, répond Willy Schraen. Il s’oppose en revanche à une réflexion sur un partage de la nature » (avec des jours non chassés). Des associations comme l’ASPAS (association pour la protection des animaux sauvages) défendent ainsi le principe du dimanche sans chasse, en vain. Huit Français sur dix y sont favorables, selon un sondage Ifop de 2016. Les périodes de chasse dépendent de chaque département et elles vont en général de septembre à mars. Pour l’ASPAS se pose aussi « le problème de la portée des armes à feu » ou encore « du taux d’alcoolémie ». Les chasseurs pourraient être soumis à un certificat médical délivré chaque année, comme pour les autres sports, suggère Madline Rubin de l’ASPAS.