🔻 Un gros hibou à petite tête révèle les secrets de l’évolution insulaire

Photo d'illustration ©lonelyshrimp de Flickr

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Une étude parue dans Scientific Report tente de comprendre les effets de l’évolution insulaire à travers l’analyse des caractéristiques crâniennes d’un hibou.

Le hibou Otus Murivorus est une espèce de hibou de l’île Rodrigues (une des îles Mascareignes dans l’Océan Indien). Il a disparu au début du 18ème siècle après qu’une évolution physique a été enregistrée. L’O. Murivorus avait doublé de taille et subi une légère réduction des ailes. Des scientifiques se sont récemment penchés sur l’évolution et la paléoécologie de ce hibou dans un contexte insulaire grâce aux caractéristiques de son crâne. Les résultats ont montré des effets inattendus de l’évolution tels qu’une réduction de la taille du crâne et du cerveau, une latéralisation relative des yeux ou encore un sens olfactif remarquablement développé, suggérant une capacité probable à charogner des carcasses de tortues.

Le hibou Otus Murivorus s’est éteint comme beaucoup d’autres espèces insulaires avec l’arrivée des activités anthropiques sur l’île Rodrigues entre le 17ème et 19ème siècle. L’étude suggère que les espèces éteintes pendant cette période ne constitue pas un échantillon aléatoire d’endémies insulaires, mais qu’il s’agissait des espèces les plus vulnérables ou naïves en raison de l’absence de prédateurs mammifères. Les oiseaux insulaires éteints représentent une base d’étude très intéressante en termes d’évolution insulaire.

L’étude ADN de l’Otus Murivorus a montré que cette espèce était issue de la lignée orientale de la chouette épervière Otus Sunia, beaucoup plus petite. L’O. Murivorus a évolué vers ce que les scientifiques appellent le « gigantisme », devenant deux fois plus grand et quatre fois plus lourd que son ancêtre continental. Une légère réduction des ailes a pu être observée, une caractéristique qui n’est pas retrouvée chez les chouettes des îles existantes mais décelée chez certaines qui se sont éteintes. Les observations préliminaires révèlent une tête relativement plus petite, avec des orbites oculaires placées plutôt latéralement et plus petites chez l’O. Murivorus que chez sa sœur l’O. sunia.

Pour comprendre l’évolution et la paléoécologie du O. murivorus dans un contexte insulaire, les chercheurs ont cartographié et quantifié les caractéristiques crâniennes de cette espèce. Ils ont reproduit cette méthode sur un échantillon de chouettes et hiboux existants dont l’O. sunia et d’autres espèces présentant un éventail d’adaptations morphologiques dues à plusieurs facteurs écologiques. L’analyse des caractéristiques crâniennes du hibou permet d’observer et de mesurer les caractères morphologiques connus pour être associés à des traits écologiques et comportementaux particuliers.

Les résultats ont montré que l’O. Murivorus a développé un mélange de caractéristiques pour s’adapter à un contexte insulaire océanique (territorialité, réduction du vol, intrépidité) et à des proies disponibles (olfaction), mais aussi en relation avec les effets directs et indirects du gigantisme insulaire qui survient donc quand il y a une absence de prédateur. Les chercheurs ont remarqué un changement de posture de la tête et une évolution de la taille de son crâne et surtout de son cerveau qui aurait pris du « retard » par rapport au doublement de sa taille. Les yeux du hibou Rodrigues sont devenus plus latéraux au cours de l’évolution insulaire, cela pourrait être lié à la place laissée latéralement et en arrière par le cerveau proportionnellement réduit D’autre part, une zone cérébrale appelée le bulbe olfactif est fortement agrandie chez le Hibou de Rodrigues, indice d’un odorat très développé. Cela suggère que cette espèce de hibou avait possiblement un régime alimentaire en partie charognard (comme les vautours), probablement sur des carcasses de tortues endémiques super-abondantes sur l’île à l’époque, aujourd’hui éteintes également.