🔻 En Côte d’Ivoire, les populations locales s’impliquent dans la surveillance des cyanobactéries

Photo d'illustration © Cyprien Hauser via Flickr

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Des chercheurs de l’Institut National de la Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAe) et du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) se sont associés avec des équipes de Côtes d’Ivoire pour mobiliser les communautés locales dans la surveillance des cyanobactéries.

L’Institut National de la Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement (INRAe) et le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) ont mené une étude en partenariat avec des équipes de recherches ivoiriennes (Institut Paster de Côte d’Ivoire, Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan). Il s’agit d’un programme pilote sur le suivi collaboratif des cyanobactéries en Afrique. Les résultats ont été publiés dans la revue PLOS ONE le 24 septembre 2020 et montrent qu’il est tout à fait possible de mobiliser les populations riveraines d’un plan d’eau pour surveiller la qualité de son eau, en particulier la prolifération des cyanobactéries, à l’aide d’une application smartphone.

Les cyanobactéries sont des bactéries qui produisent des toxines dangereuses pour la santé humaine et celles des animaux qui s’en abreuvent. Elles proviennent de la multiplication de microorganismes dans l’eau en raison d’apports excessifs en phosphore et azote (eutrophisation). C’est ce qui en général rend les étendues d’eau verte. L’eutrophisation peut être profitable à la production piscicole mais favorise bien souvent le développement des cyanobactéries.

Beaucoup de plans de surveillances sont mis en place dans les pays du Nord mais pas dans les pays d’Afrique où « la forte croissance démographique se traduit par une dégradation importante de la qualité de l’eau » explique l’INRAe. L’observation des cyanobactéries est coûteuse en raison de sa complexité. En effet, les populations de cyanobactéries dans les plans d’eau varient rapidement et leur répartition spatiale est très hétérogène. Elle est donc rarement mise en place dans les pays en développement.

Les chercheurs de l’INRAe et du CNRS ont ainsi profité d’un projet international financé par le Fonds français pour l’environnement mondial (FFEM) afin de tester une approche citoyenne pour surveiller la prolifération de ces bactéries. Le projet, portant sur le suivi et la gestion durable des ressources en eau de surface utilisées pour la production d’eau potable, est organisé dans trois pays africains : Côte d’Ivoire, Sénégal et Ouganda. L’étude est réalisée en étroite collaboration avec l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, l’Université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan et les populations locales.

Des résultats ont pu être obtenus grâce à l’aide des populations de trois villages situés au bord de la lagune d’Aghien, plus grande réserve d’eau douce située à proximité d’Abidjan. Cette lagune a été identifiée par l’État Ivoirien de source potentielle pour la production d’eau potable. Les citoyens des trois villages ont été invités à signaler les changements de couleur qui sont des indicateurs des proliférations de cyanobactéries grâce à une application pour smartphone.

« À l’issue d’une période d’expérimentation de deux ans, les chercheurs ont accumulé 443 signalements dont une grande majorité était anonymes (92,8%) », indique l’INRAe. Les chercheurs constatent qu’il est possible de mobiliser les populations locales pour surveiller les cyanobactéries et que cette approche avait même permis d’améliorer la compréhension et la sensibilisation des populations locales sur les questions concernant la qualité de l’eau.