🔻 Les bélugas pourraient être réduits au silence par un océan arctique bruyant

Photo d'illustration ©Ansgar-Walk-Wikimedia

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Une étude publiée par la Société Canadienne de conservation de la faune montre que le paysage sonore de l’estuaire du fleuve Mackenzie au nord-ouest du Canada est encore dominé par les sons du vent et des vagues et par les « clic » des bélugas. Mais cela pourrait changer avec le développement des activités anthropiques.

Le paysage sonore est une composante importante de l’habitat des animaux marins. Dans l’Arctique, les conditions marines changent rapidement en raison de la perte de glace de mer et de l’augmentation des activités anthropogéniques telles que le transport maritime, qui influencent le paysage sonore. Une étude publiée par la Société Canadienne de conservation de la faune montre que le paysage sonore de l’estuaire du fleuve Mackenzie au nord-ouest du Canada est dominé par les sons du vent et des vagues s’écrasant dans les basses fréquences tandis que dans les hautes fréquences, les sons des bélugas sont la principale source sonore.

L’étude évalue les facteurs qui contribuent au paysage sonore estival dans les eaux peu profondes de l’estuaire du fleuve Mackenzie, dans la zone de protection marine de Tarium Niryutait, dans l’ouest de l’Arctique canadien, un habitat d’été essentiel pour les bélugas. Les chercheurs ont collecté des données acoustiques pendant l’été sur une période de quatre ans, et évalué l’influence des variables physiques, des vocalisations des bélugas et du bruit des bateaux sur les niveaux de pression sonore dans trois bandes de fréquences pour quantifier le paysage sonore.

Les résultats montrent que la vitesse du vent, la hauteur des vagues, les vocalisations des bélugas et le bruit des bateaux ont tous largement contribué au paysage sonore dans différentes bandes de fréquences. Le paysage sonore variait dans une moindre mesure selon les sites, l’heure de la journée et la hauteur des marées, mais restait relativement constant d’une année à l’autre. Les bélugas n’occupent l’estuaire qu’entre juin et août, et une grande partie de cet écosystème est gelée jusqu’aux sédiments en hiver, ce qui le rend inhabitable pour la plupart des vertébrés marins. Cependant, le changement climatique fait que la glace se brise plus tôt au printemps et se forme plus tard en automne, ce qui pourrait signifier que le paysage sonore estival décrit ici pourrait se produire à l’avenir pendant de plus longues périodes de l’année.

Les auteurs précisent également que le changement climatique peut également entraîner des modifications dans la composition des espèces. Les bélugas pourraient changer leur préférence en matière d’habitat, ou d’autres espèces pourraient commencer à utiliser cet écosystème. Les changements dans la diffusion des ondes sonores pourraient entraîner des modifications substantielles du paysage sonore, comme le montre la grande influence des vocalisations des bélugas sur le paysage sonore actuel. De plus, le bruit du trafic maritime pourrait augmenter dans toute cette région, en particulier dans les zones plus proches des voies de transport et dans les eaux plus profondes où les sons de basse fréquence se propagent plus efficacement. Une surveillance continue est essentielle pour suivre les changements dans ce paysage sonore et les changements dans la façon dont des espèces comme le béluga, qui dépendent du paysage sonore, utilisent cet environnement.

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