🔻 Oiseaux : la « plasticité phénotypique » pour résister au dérèglement climatique

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Une équipe de chercheurs a analysé des suivis à long terme de populations d’oiseaux et de mammifères pour étudier comment la sélection naturelle sur la date de reproduction varie dans le temps.

La sélection naturelle, qui résulte de l’interaction des organismes avec leur environnement, est soumise à des variations temporelles qui sont exacerbées par les changements climatiques actuels. Les environnements naturels sont bien sûr tout sauf constants, mais sont ici poussés à des extrêmes en raison des conditions climatiques, rendant le futur moins prévisible. Des chercheurs ont donc compilé et analysé des suivis à long terme de populations d’oiseaux et mammifères afin d’étudier comment la sélection naturelle sur la date de reproduction varie dans le temps. Les résultats publiés dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America) montrent que pour la plupart des espèces étudiées, la date de reproduction optimale fluctue entre les années. Cependant, certaines populations parviennent à suivre ces fluctuations par des ajustements individuels de la date de reproduction, atténuant ainsi l’impact de ces variations temporelles. En effet, une sélection qui varie rapidement, à un rythme de l’ordre du temps de la génération, aura des répercussions sur l’écologie de l’espèce concernée, affectant potentiellement son abondance et en bout de course son risque d’extinction.

Pour les scientifiques, la date de reproduction devrait avoir une valeur optimale dans une année donnée, puisqu’il est défavorable de se reproduire trop tôt ou trop tard. En dehors des contraintes physiques telles que le froid ou la sécheresse, les parents doivent synchroniser leur reproduction avec le pic d’abondance de ressources avec lesquelles ils nourrissent leurs petits. Il est assez connu que la phénologie (tempo saisonnier des évènements du cycle de vie) dépend largement du climat et par conséquent est fortement affecté par les changements climatiques que l’on peut observer. La date optimale de reproduction semble ainsi varier en fonction des fluctuations environnementaless, obligeant les espèces à s’adapter.

L’équipe de chercheurs s’est donc penchée sur des données de date de reproduction observées chez des oiseux et mammifères marqués individuellement qui ont été suivis pendant plusieurs années. Ils ont contacté la plupart des groupes de recherches internationaux effectuant des suivis à long terme sur la phénologie de reproduction d’oiseaux et mammifères, afin de conduire une analyse conjointe sur 39 jeux de données avec une méthodologie commune.

Les résultats montrent que la sélection sur la date de reproduction varie entre années dans la plupart de ces jeux de données. Les experts se sont ensuite intéressés aux individus se reproduisant sur deux années consécutives pour évaluer dans quelle mesure ils ajustent leur date de reproduction d’une année sur l’autre par un phénomène appelé « plasticité phénotypique ». Ce phénomène correspond à la capacité d’un organise à exprimer différents phénotypes en fonction de son environnement. Il a été observé que chez les oiseaux, les changements plastiques de la date de ponte suivent en partie les changements de la date optimale de reproduction, ce qui atténue les impacts des fluctuations environnementales, explique le Centre National de Recherche Scientifique (CNRS) qui ajoute que « Malgré cela, les dates de reproduction sont généralement en retard par rapport à leur optimum, de sorte qu’une sélection pour plus de précocité est globalement observée sur l’ensemble des jeux de données. »

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