Les rivières glaciaires stockent plus de CO2 que la forêt tropicale amazonienne (1 mn 30)

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Parc national des Pyrénées © L'Agence Nature
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Une étude inédite montre que les rivières glaciaires de l’extrême-Arctique peuvent absorber jusqu’à 40 fois plus de dioxyde de carbone que la forêt tropicale amazonienne.

Dans les eaux froides provenant des glaciers de l’extrême-Arctique canadien, des chercheurs ont fait une découverte surprenante : pendant des décennies, les rivières du Nord ont secrètement séquestré le dioxyde de carbone de l’atmosphère à un rythme plus rapide que la forêt tropicale amazonienne. D’ordinaire, les rivières sont plutôt considérées comme des sources d’émissions de carbone: en effet, dans les cours d’eau tempérés, une abondance de matières organiques – plantes et poissons – entraîne des niveaux de décomposition plus élevés, ce qui signifie que les masses d’eau émettent dans l’atmosphère une quantité de dioxyde de carbone bien supérieure à celle qu’elles absorbent. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Mais les rivières glaciaires, avec leur aspect laiteux et leur composition limoneuse, ne sont pas très propices à la vie aquatique, ce qui entraîne beaucoup moins de décomposition organique – et peu de production de carbone. Une équipe menée par Kyra Saint-Pierre, biologiste à l’Université de la Colombie-Britannique, a prélevé des échantillons d’eau de fonte sur l’île d’Ellesmere, dans le territoire canadien du Nunavut, où plusieurs glaciers se jettent dans le lac Hazen. Les chercheurs ont également prélevé des échantillons dans les Rocheuses et au Groenland. En même temps, les sédiments fins, qui sont raclés des glaciers lorsqu’ils sont jetés dans les eaux tumultueuses, amorcent un processus géologique connu sous le nom d’altération chimique des glaciers. « Au fur et à mesure que les rivières absorbent les particules, ces dernières commencent à se mélanger dans les gaz de l’eau, y compris le dioxyde de carbone », explique l’étude.

Toutes ces particules mélangées ensemble créent un puits de dioxyde de carbone. Les scientifiques ont ainsi calculé que pendant les périodes de forte fonte, l’eau des rivières glaciaires absorbera 40 fois plus de carbone que la forêt tropicale amazonienne. « Au mètre carré, ces rivières peuvent consommer une quantité phénoménale de dioxyde de carbone« , souligne Kyra Saint-Pierre. Mais leur taille limitée signifie qu’ils tirent globalement beaucoup moins que l’Amazone tentaculaire. Paradoxalement, c’est donc le déclin rapide des glaciers qui fournit, à court terme, ce nouveau puits de carbone. Mais « les glaciers sont une ressource limitée. (…) Et nous perdons potentiellement quelque chose dont nous tirons beaucoup d’avantages, avant même de bien le comprendre« .

L’étude

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