Le sixième sens électromagnétique des anguilles (2 mn)

Photo © Willfried Wende de Pixabay

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De nouvelles recherches montrent que l' »ombre » électrique d’une nouvelle lune peut aider les anguilles à traverser l’océan jusqu’au rivage. Puis, dans les eaux saumâtres d’un estuaire, les civelles peuvent en imprimer la signature magnétique afin de naviguer en amont des rivières.

Comment les anguilles d’Europe, qui migrent de l’océan vers les rivières, s’orientent-elles? De nouvelles recherches menées par le scientifique américain Alessandro Cresci mettent en lumière deux étapes clés de cette migration durant laquelle, lorsque la visibilité devient faible, les anguilles peuvent « lire » la carte magnétique unique d’un estuaire pour naviguer en amont des rivières. La première étude décrit la navigation des anguilles à l’aide de champs magnétiques dans les eaux saumâtres. La seconde identifie les indices lunaires qui guident les anguilles en mer. Passant de la haute mer aux rivières sombres, les anguilles doivent compter sur tous leurs sens pour naviguer. Les scientifiques ont par le passé montré qu’elles utilisent l’odeur, la température et les marées pour trouver des rivières près du rivage. Cependant, alors que la navigation magnétique et lunaire a été largement étudiée chez d’autres espèces comme le saumon, la phase marine de la migration des anguilles est encore méconnue. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Pour étudier leur navigation en haute mer, Cresci et son équipe ont recueilli 203 civelles de l’archipel d’Austevoll en Norvège. À la dérive au-dessus du plateau continental, ils ont déployé une chambre transparente qui imitait les conditions naturelles des anguilles, tandis que des boussoles indiquaient leur direction de nage pendant les quatre phases de la lune : nouvelle, premier quartier, pleine et dernier quartier. La plupart des anguilles ont nagé dans une direction intentionnelle et non aléatoire. La tendance a été la plus forte pendant la nouvelle lune, lorsque 96% des anguilles ont nagé rapidement vers la position de la lune au-dessus de l’horizon, au sud. Cependant, la nouvelle lune se lève avec le soleil et émet peu de lumière. Cresci et ses collègues suggèrent que les anguilles suivent le signal électrique de la lune, et non sa faible lueur. Positionnée entre la Terre et le soleil, une nouvelle lune est exposée aux vents solaires qui soufflent des charges électriques négatives à la surface de la Terre, formant ainsi une « ombre » que les récepteurs sensibles des anguilles peuvent détecter.

Mais une fois que les anguilles atteignent les eaux boueuses d’un estuaire, la lune n’est plus utile. Les estuaires coulent au rythme des marées et le mouvement de l’eau de mer dans le champ magnétique terrestre crée de petits courants électriques qui sont également détectables par les poissons. Cresci a émis l’hypothèse que les civelles imprimaient la signature électromagnétique spécifique à une rivière pour former une carte rudimentaire qui leur serviraient à vie, notamment pour retourner vers l’océan à l’âge adulte. L’équipe a récolté 222 autres anguilles dans des estuaires norvégiens. Dans une installation éloignée conçue pour étudier l’orientation magnétique des organismes aquatiques, ils ont manipulé des bobines électriques pour randomiser le champ magnétique et ont enregistré comment les anguilles s’orientaient dans le courant magnétique invisible.

Environ 70% des anguilles se sont orientées en fonction des conditions de marée qui se produisent dans leur estuaire d’origine à ce moment-là. Si la marée était descendante, les anguilles s’orientaient dans un sens ; si la marée coulait, elles changeaient de cap de 180 degrés, en réponse au changement du champ électrique causé par l’inversion du sens de l’eau. Les civelles se souvenaient de la signature marémotrice de leur estuaire. « Je pense que les anguilles peuvent ressentir beaucoup de choses, mais elles utilisent des indices spécifiques à chaque étape, en fonction de l’environnement« , conclut Cresci dans son étude.

Première étude

Seconde étude

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