🔻 14 organisations demandent la dissolution de la cellule « Demeter »

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Profitant du remaniement gouvernemental, des organisations ont écrit une lettre ouverte au nouveau ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, pour demander la dissolution de la cellule « Demeter », un dispositif instauré par Christophe Castaner pour lutter contre l' »agribashing« , qui constitue selon elles un déni de démocratie.

Le 3 octobre 2019 était créée, sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur, la Cellule nationale de suivi des atteintes au monde agricole, dite Demeter. Le but affiché était de lutter contre l’ »agribashing« , au prétexte – non étayé de statistiques – que la délinquance en milieu rural (vols de matériaux et/ou d’animaux) était en augmentation. Par ailleurs, le 13 décembre suivant, Christophe Castaner signait avec la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes agriculteurs (JA) une convention de partenariat « renforçant la sécurisation par la gendarmerie des exploitations agricoles » par l’organisation d’un partage d’informations privilégié et la mise en place d’un réseau de surveillance. Le 17 juillet 2020, plusieurs organisations – la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), Terre de Liens, Attac France, Les amis de la Terre, la Confédération paysanne, Foodwatch France, Greenpeace France, POLLINIS, L-214, le Mouvement rural de jeunesse chrétienne (MRJC), Nous voulons des coquelicots, France Nature Environnement (FNE), Générations Futures et Chrétiens dans le monde rural (CMR) – ont écrit à Gérald Darmanin afin de demander la résiliation immédiate de la convention de partenariat et solliciter la dissolution de Demeter. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Dans leur lettre à l’intention du nouveau ministre de l’Intérieur, les organisations s’en prennent au terme « agribashing, récemment imposé par des communicants de la FNSEA et des lobbyistes, [qui] n’a aucune base juridique et entretient une confusion entre la critique justifiée des ravages de l’agro-industrie sur l’environnement, la biodiversité et la santé, et le prétendu dénigrement des agriculteurs eux-mêmes. » Mais ce qui inquiète le plus, c’est le déni de démocratie : la notion « d’actions de nature idéologique« , ainsi que l’ancien ministre d’Intérieur avait caractérisé les manifestations concrètes de l’agribashing, « ne masque-t-elle pas une forme de criminalisation de l’opinion, ne conduit-elle pas à organiser une ‘police politique’ ? » interroge Bernard Drobenko, Professeur à l’Université du Littoral-Côte-d’Opale (ULCO) dans une tribune. Ainsi, pour les auteurs de la lettre ouverte au gouvernement, les actions symboliques de dénigrement du milieu agricole -qui pour certains sont par ailleurs déjà réprimés par la loi –  « relèvent en fait de la liberté fondamentale de communiquer des informations ou des idées et ne constituent pas des infractions dans un système démocratique. »

D’après les organisations et le Professeur Drobenko, les « dérapages » de la cellule Demeter sont déjà nombreux : la convocation à la gendarmerie d’Antoine Gatet, juriste de l’environnement et porte-parole de l’association Sources et rivières du Limousin, pour une interview où il s’opposait a la construction de serres industrielles à tomates hors-sol en juin 2020; ou encore un entretien d’une heure de la gendarmerie avec le Président de l’association Alertes Pesticides Haute Gironde concernant l’organisation des « Etats généraux des riverains » autour de la question des pesticides en décembre 2019. M. Drobenko fustige également un contexte juridique et législatif flou : « Voilà donc une cellule nationale créée avec des moyens substantiels, alors même que les polices de l’environnement sont insuffisamment dotées, les moyens dévolus constamment insuffisants et inadaptés. » DEMETER s’inscrit selon lui dans une succession plus globale de régressions du droit environnemental, avec des « réformes réduisant la portée de l’évaluation environnementale, de la participation (enquêtes publiques) et des nomenclatures dont les seuils de contrôle ne cessent d’être relevés« .

« Ainsi, Déméter la déesse de la Terre cultivée et féconde, meurtrie par l’agriculture industrielle, trahie par un mode de production qui la rend stérile et polluée voit sa nature même usurpée par un dispositif révélant de réelles dérives« , affirme M. Drobenko. D’après lui, les méthodes de la cellule conduisent à instaurer un contrôle politique sur l’opinion citoyenne. Et les organisations de conclure dans leur lettre ouverte : « Alors que la loi permet déjà de protéger les agriculteurs contre les actes de vandalisme, nous remettons en cause les méthodes d’intimidation – permises par la cellule ‘Demeter’ et la convention de partenariat – visant les défenseurs de l’environnement qui décideraient de s’exprimer contre les pratiques agricoles conventionnelles. »

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