Un loup reste protégé, même en zone habitée

Photo d'illustration © christels de Pixabay

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Si un loup, ou toute espèce protégée, s’éloigne de son habitat naturel et se retrouve dans une zone habitée par des humains, il continue d’être protégé par les lois de l’UE, a soutenu jeudi la justice européenne.

La cour de justice de l’UE avait été saisie du cas d’un loup en Roumanie qui s’était retrouvé à « fréquenter » le lieu de résidence d’un habitant d’un village situé entre deux grands sites protégés par la législation européenne sur la conservation des habitats naturels et de la faune et la flore sauvage. « La notion d’+aire de répartition naturelle+ est plus vaste que l’espace géographique qui présente les éléments physiques ou biologiques essentiels à la vie ou à la reproduction d’une espèce protégée, a noté la Cour. Cette zone s’étend dans le cadre de son comportement naturel, a-t-elle précisé. La cour en conclut que la protection ne comporte pas de limites ou de frontières, et qu’on ne peut pas exclure les zones de peuplement humain du champ de protection de cette disposition ». Elle souligne également que les loups ont dû s’adapter à une extension des territoires exploités par l’homme, un développement qui « exerce une pression sur la population de loups et sur son habitat ». [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Dans le dossier examiné, le loup avait été capturé dans le village, mais était parvenu à s’échapper pour rejoindre la forêt environnante. La cour basée à Luxembourg souligne que la capture et le transport d’un loup trouvé dans un village ne peuvent être justifiés que par une dérogation approuvée par l’autorité nationale compétente. En France, les pouvoirs publics se sont félicités cette semaine d’une stabilisation du nombre d’attaques sur les troupeaux perpétrées par les loups en 2019, résultat, selon eux, d’un nouvel encadrement des abattages. « L’année 2019 a été marquée par un pilotage précis du plan national d’action (PNA) qui a permis de stabiliser le niveau des attaques », a écrit dans un communiqué la préfecture d’Auvergne-Rhône-Alpes, chargée de la gestion du loup au plan national. Même si ce niveau reste « élevé », « le nombre d’animaux faisant l’objet d’indemnisation est stabilisé depuis 2017 à environ 12.500 par an ». Toutefois, la préfecture reconnaît pour 2019 une « extension géographique » des attaques qui ont eu lieu dans 35 départements, contre 33 en 2018.

« Cette stabilisation a pu être obtenue grâce notamment à l’expérimentation de nouvelles conditions d’encadrement des tirs,a avancé la préfecture. Les tirs d’abattage sont désormais concentrés sur des loups en situation d’attaque. En 2019, il y a ainsi eu 4 tirs dits de « prélèvement » et 90 lors d’attaques de troupeau x ». Selon la préfecture, cet encadrement a aussi permis de respecter le quota de loups pouvant être abattus en 2019 (fixé initialement à 90, puis à 100). Ce plafond relevé en septembre pour l’année 2019 avait suscité les protestations de plusieurs organisations de défense de la faune sauvage. La préfecture, qui prévoit de nouveaux arrêtés d’encadrement de tirs l’automne prochain, a suggéré « le maintien d’un plafond de tirs de loups à 19% de la population estimée en fin d’hiver, en permettant la continuation des tirs de défense simple au-delà dans une limite de 2% de la population estimée ».

Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), la population de loups gris en France est aujourd’hui estimée à 580 loups adultes, contre 530 un an plus tôt, mais le rythme de progression de cette espèce menacée a ralenti comparé à 2019, les raisons devant encore être étudiées. Il y a un an, la population adulte avait progressé de 100 individus, passant le cap des 500.  Le plan loup adopté en 2018 prévoyait que ce seuil ne serait atteint qu’en 2023. Il correspond à l’aptitude d’une population à moyen terme (100 ans) « à résister au risque d’extinction ». Ces carnivores, éradiqués par l’homme dans les années 1930 et revenus naturellement par l’Italie dans les années 1990, se concentrent dans les Alpes, le Sud-Est et l’Est.

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