Beynac : verdict final le 10 décembre (2 mn 30)

Photo © Dominique Devroye de Pixabay

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Sécurité contre biodiversité: faut-il traverser, ou contourner, en Dordogne, l’un des plus beaux villages de France ? La justice administrative s’est repenchée mardi sur le cas du contournement routier de Beynac, la rapporteure publique estimant que le projet ne répond pas à un « impératif d’intérêt public majeur ».

Lors de l’audience à la Cour administrative d’appel de Bordeaux la rapporteure publique, dont les conclusions sont le plus souvent suivies, a estimé qu’il y avait « lieu de confirmer la position »des juges du tribunal administratif qui, en avril dernier, avait annulé l’arrêté préfectoral de 2018 autorisant le contournement. Le tribunal avait alors enjoint au département de Dordogne de démolir les éléments déjà construits du chantier, entamé en 2018, (notamment deux piles de pont dans le lit de la Dordogne), et à l’arrêt depuis 11 mois.  Mardi, la rapporteure a estimé qu’une telle démolition « ne porterait pas atteinte excessive à l’intérêt général »,et a recommandé une remise en l’état du site sous 3 à 18 mois. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

L’audience constituait un énième acte dans une longue saga juridico-environmentale, un dossier de plus de 30 ans -les premiers projets ont été ébauchés dans les années 80-, qui a cristallisé l’opposition des défenseurs de l’environnement et du patrimoine, parmi lesquels Stéphane Bern, et des élus locaux. Le projet de plus de 32 millions d’euros, soutenu par une majorité d’élus de Dordogne (418 maires sur 500, revendique le département) porte sur une déviation de 3,2 km pour éviter le village de Beynac-et-Cazenac, avec deux nouveaux ponts sur la Dordogne, dans une vallée touristique parsemée de châteaux, dont la forteresse classée de Beynac. Comme en première instance, partisans (élus principalement, une partie des habitants) et opposants (défenseurs de l’environnement et du patrimoine) du contournement se sont renvoyés chiffres et études. Ainsi sur le trafic quotidien a travers Beynac (autour de 6.000 véhicules par jour, selon les pro-contournement), sur le gain de temps qu’autoriserait la rocade (pas plus de 3-4 minutes, selon les opposants) sur l’accidentologie ou la dangerosité d’une section où des véhicules lourds peinent à se croiser, ou sur encore le coût qu’entraînerait une démolition: 3,7 millions selon les opposants, plus de 12,7 millions pour le constructeur Bouygues, qui intervenait en soutien du département. Même opposition sur l’impact environnemental et les espèces: impact « moyen à fort » sur «un  des sites les plus remarquables de Dordogne »,ont plaidé les opposants, au contraire « faible » sur un site « sans valeur écologique particulière », ont contré les partisans du projet, alors que l’audience se penchait sur le sort du petit rhinolophe (une chauve-souris), de la pie-grièche écorcheur ou du hérisson d’Europe.

Me Xavier Heymans, avocat du département, s’est interrogé sur la nécessité d’un « impératif d’intérêt public majeur » pour exproprier quelques animaux, quand « pour exproprier un être humain, parfois l’intérêt général suffit ».  Défenseur des opposants au contournement, Me Corinne Lepage a demandé une « décision exemplaire » sur un « sujet exemplaire », où se joue « la bataille du bulldozer contre le juge ». Ardent défenseur du projet, le président du conseil départemental Germinal Peiro a rappelé que les travaux avaient été conduits avec toutes les autorisations requises.

La Cour doit rendre son arrêt le 10 décembre.

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