Le manifeste de Tronçais contre la privatisation et l’industrialisation de la forêt (2 min 30)

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Quelque 1.200 forestiers et simples citoyens se sont réunis jeudi 25 octobre à Saint-Bonnet-Tronçais (Allier) pour dénoncer la privatisation de l’Office national des forêts (ONF) et l’« industrialisation croissante » des forêts publiques.

La veille du jeudi 25 octobre, plus de 200 marcheurs, partis mi-septembre de Mulhouse, Strasbourg, Valence et Perpignan, sont arrivés en fin de journée dans la commune voisine de Cérilly, dans le cadre de leurs « Marches pour la Forêt ». A l’initiative de huit syndicats de l’ONF, ces marcheurs avaient rendez-vous dans la forêt de Tronçais, connue pour son emblématique futaie Colbert et ses chênes tricentenaires, « symbole d’une gestion durable de la forêt ». « On conteste le principe de gestion forestière avec une vision purement économique et une gestion des ressources humaines déplorable. La forêt n’est pas une usine à bois », dénonce le représentant syndical SNUPFEN Solidaires Philippe Berger. « Il est urgent de réagir. On est en train de faire sauter les digues qui protègent la forêt de l’industrialisation et de la malforestation. Aujourd’hui, on nous dit qu’on n’a pas de temps à perdre pour faire des plans durables de gestion de la ressource. On coupe, on coupe », abonde Frédéric Bedel, également représentant syndical de la SNUPFEN Solidaires. « Pour la forêt, cela signifie des coupes rases, la replantation d’une seule essence, l’usage d’engrais et de pesticides, le labourage et la destruction de l’humus etc…, aboutissant à un appauvrissement des sols et une perte de la biodiversité », alerte-t-il. Les forêts publiques, toutes gérées par l’ONF, couvrent 4,6 millions d’hectares en métropole, soit près d’un quart de la forêt française. Celles-ci fournissent 40% du volume de bois vendu en France, selon les syndicats. « Le diamètre d’exploitabilité du tronc d’arbre ne cesse de se rétrécir pour remplir les objectifs. Trouver de vieux bois sera bientôt illusoire », renchérit Stéphan, un autre salarié. « Il faut remettre à plat le financement de l’ONF. C’est maintenant qu’il faudrait investir pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique », insiste Gilles Van Peteghem, de la CFE-CGC. Dans le viseur des syndicats également, la « privatisation des activités de service public », avec une suppression de « 1.500 salariés, dont des fonctionnaires assermentés, d’ici 5 ans ». Ce « manque de personnel » va conduire à des « difficultés d’application » des missions régaliennes de protection de la forêt, estiment-ils.

Accompagnée de douze associations environnementales (dont la Ligue pour la protection des oiseaux – LPO – et Humanité et biodiversité), l’intersyndicale de l’ONF a présenté, en point d’orgue du rassemblement en Allier, le « manifeste de Tronçais ». « L’Office National des Forêts subit un véritable détournement de ses missions d’intérêt général, peut-on y lire. La privatisation en cours de ses activités régaliennes préfigure la disparition de ce service public et une politique forestière au rabais. » De son côté, la direction de l’ONF a assuré dans un communiqué qu’« aucune privatisation des forêts publiques, ni de l’ONF, n’est envisagée par l’Etat ». Concernant l’exploitation des bois, les « prélèvements en forêts domaniales sont stables », à hauteur de « 5,7 millions de mètres cubes par an » depuis 1966, date de création de l’ONF. « En 2017, ce chiffre est de 5,3 millions de m3 », a précisé la direction.

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