Les ONG environnementales reprochent à la FNSEA d’instrumentaliser « les gilets jaunes » (2 min 30)

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Les ONG environnementales ont dénoncé en chœur jeudi une instrumentalisation par la FNSEA du contexte social des « gilets jaunes » afin de faire pression pour le retrait de mesures favorisant la transition écologique, au lendemain de son appel à organiser des actions la semaine prochaine. 

La Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA), syndicat majoritaire chez les agriculteurs, conjointement avec les Jeunes Agriculteurs (JA) a annoncé mercredi 5 décembre des actions pour protester contre l’« agri-bashing » (dénigrement systématique de l’agriculture), faisant notamment référence à de nouvelles contraintes fiscales et réglementaires votées dans la loi alimentation ou en cours d’adoption dans la loi de finances pour 2019. C’est ce dernier point qui a crispé les organisations environnementales. La FNSEA a ainsi ciblé deux mesures : la hausse de la redevance pour pollution diffuse appliquée aux pesticides en fonction de leur degré de toxicité et l’ordonnance encadrant la séparation du conseil et de la vente des pesticides dans la loi Agriculture et Alimentation. La présidente de la FNSEA, lors d’un entretien accordé à l’AFP, a dénoncé « une transition écologique à marche forcée, au pas cadencé », se traduisant par un « matraquage fiscal ». Au sujet de la redevance pour pollution diffuse, « taxe écologique de 140 millions d’euros », elle a affirmé qu’elle allait augmenter cette année officiellement de 50 millions et en réalité de 115 millions. Quant à la séparation de la vente et du conseil en pesticides dans les coopératives agricoles, « c’est 1.500 euros de charges en plus par agriculteur par an », a-t-elle affirmé. La transition écologique de l’agriculture « mérite d’autres moyens que la fiscalité punitive », ont déclaré les deux syndicats. « En aucun cas, il ne s’agit de rejoindre le mouvement des gilets jaunes », ont-ils aussi affirmé.

Le WWF France dénonce pourtant « une instrumentalisation du climat actuel et appelle le gouvernement à ne pas sacrifier la santé des Français », alors que Générations Futures dénonce « l’attitude de la présidente de la FNSEA qui, profitant de l’instabilité provoquée dans le pays par les mouvements sociaux », exerce un « chantage ». Un terme également repris par la FNH (Fondation pour la nature et l’homme), qui fustige le « lobbying menaçant » du syndicat agricole. « Ces deux mesures visent à réduire l’utilisation des pesticides et à financer la conversion de l’agriculture française vers l’agro-écologie », souligne le WWF, selon qui elles ont été « décidées dans un cadre démocratique et répondent à une attente sociétale forte des familles et des consommateurs ». « Si les manifestants veulent notamment plus de pouvoir d’achat et moins d’impôts, ils ne veulent pas plus de cancers et de maladies de Parkinson pour eux et leurs familles », ajoute le WWF. Pour Générations Futures, « ces pressions de la FNSEA sont intolérables car il s’agit de profiter d’une période de difficulté sociétale pour obtenir des avantages purement corporatistes au détriment de l’environnement et des impacts sanitaires éventuels induits ». Quant à la Ligue de protection des oiseaux (LPO), elle estime que « la présidente de la FNSEA profite des troubles sociaux pour remettre en cause les progrès environnementaux ». Le lundi 10 décembre dernier, le syndicat agricole la Coordination Rurale a pris le relais de la FNSEA, dénonçant « l’augmentation considérable à venir de 680 millions d’euros de charges annuelles pour les agriculteurs, relatives à leur utilisation de produits phytopharmaceutiques ».

Cette polémique intervient alors que la commission spéciale du Parlement européen a présenté, après 9 mois de travail, ses recommandations pour renforcer l’évaluation des pesticides. Si elle a jugé que cette dernière était l’une des plus strictes du monde, elle a malgré tout observé des défaillances, notamment concernant la transparence sur les études réalisées par les industriels et l’indépendance des agences d’évaluation. Elle encourage ainsi la création d’une plateforme ou d’une base de données afin d’encourager le partage des données de surveillance, et demande plus de ressources pour les agences, et une garantie de leur indépendance et de leur objectivité.