Aires protégées : une « stratégie » au rabais ?

2021
Parc national de la Vanoise
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30 % du territoire français protégé, dont un tiers « en pleine naturalité » avant 2022. C’était l’engagement d’Emmanuel Macron en mai 2019. Un an plus tard, la « stratégie » présentée par le ministère de l’écologie s’avère décevante et suscite les critiques des ONG.

C’est principalement sur le volet maritime de la stratégie que portent les critiques des organisations de protection de la nature. La responsabilité de la France, qui dispose du deuxième plus vaste domaine maritime mondial en raison de ses outre-mers, est importante sur ce chapitre.  Pourtant, la situation actuelle n’est guère brillante : si 20 % des superficies marines sur lesquelles la France exerce sa souveraineté sont actuellement protégées, il s’agît essentiellement de protections de faible intensité, qui n’interdisent nullement les activités économiques, pêche ou extraction notamment. A peine 1.7% ont une protection forte : 0,05% en métropole et 1,65 % en Outre-mer (dont 80% sont dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF)). Par ailleurs, le WWF a publié en 2019 une étude qui démontrait que près de 95% des AMP françaises n’avaient pas de plan de gestion (85 % à l’échelle européenne). [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

La même étude montrait que les mers européennes restent en mauvais état et manquent cruellement de protection appropriée de la biodiversité, 19 des 23 États membres de l’UE ayant pris du retard dans l’élaboration de plans de gestion pour leurs zones marines protégées (ZMP). Les ZMP sont des outils conçus pour protéger des espèces ou des habitats spécifiques dans les écosystèmes marins, mais pour assurer une protection efficace de la biodiversité, elles doivent être gérées correctement.

L’évaluation révélait en outre que la conception globale de la protection marine dans les mers régionales d’Europe ne parvient pas à mettre en place un réseau de ZMP qui fonctionnent ensemble pour une meilleure protection. Les réseaux de ZMP de la mer Baltique, de l’océan Atlantique Nord-Est et de la mer Méditerranée ne représentent pas suffisamment les habitats locaux, et les ZMP ne sont pas assez proches les unes des autres pour que les espèces puissent se déplacer avec succès entre elles.

Les ZMP fortement protégées sont les plus efficaces pour restaurer la biodiversité marine et s’adapter aux changements climatiques, or la France en manque cruellement. Si l’ambition d’arriver à 10% de protection forte est bien affirmée, elle manque de précision dans sa définition et laisse la porte ouverte à des activités trop nombreuses. Le texte présenté par Barbara Pompili précise ainsi que les pressions engendrées dans ces zones seraient « significativement limitées »,une notion floue, très en deçà des recommandations et définitions des protections fortes établies par l’UICN.

Enfin, la stratégie se concentre davantage sur la quantité plutôt que sur la répartition équilibrée de ces zones de protection forte, sur l’ensemble du domaine maritime. Atteindre 10% de protection forte en termes de surface, sans s’engager sur la représentativité des ZMP sur l’ensemble des façades et écorégions qui constituent le domaine maritime français n’aurait pas de sens. Les ONG demandent que ce soit chaque façade de la métropole et chaque région maritime des territoires d’outre-mer qui bénéficie de 10% de protection forte. La constitution de zones de protection forte dans les TAAF est évidemment importante, mais ne peut substituer à elle seule à ce qu’il faudrait faire sur l’ensemble du domaine maritime. La Méditerranée ou l’Atlantique, mais aussi le Pacifique, qui sont des territoires bien plus menacés par les activités humaines, sont exclus du plan d’action à 2023 de la stratégie.

Dix organisations de protection de la nature (Bloom, Fondation Bertarelli, Greenpeace France, France Nature Environnement, LPO, Pleine Mer, MedReAct, Oceana Europe, The Pew Charitable Trusts, , Sea Sherpherd, WWF France) ont adressé à la ministre une « note de position » dans laquelle elles détaillent leurs demandes pour « rehausser l’ambition » de la stratégie d’aires protégées.

Lire la note de position des ONG

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