Les Savoie publient leur « baromètre de la nature » (3 mn)

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10 ans après la première édition, les Conservatoires d’espaces naturels de Savoie et de Haute-Savoie dévoilent leur troisième « Baromètre de la nature ». Constat : en plaine, l’artificialisation est presque totale.

Le changement climatique est en cours et les Alpes sont en première ligne pour le constater. Ainsi, les tem­pératures moyennes ont augmenté de 2,1°C dans les Alpes du Nord entre 1900 et 2017, quasiment le double de la tendance mesurée au niveau mon­dial (+1,1°C). Les conséquences de ce changement climatique se retrouvent par exemple dans le suivi des glaciers des Alpes du Nord. Ainsi, de 1907 à 2016, le glacier de Gébroulaz (massif de la Vanoise) a perdu l’équivalent d’une lame d’eau de 30 m sur toute sa surface. La fonte s’accélère comme en témoigne le bilan de masse du glacier de Tré-la-Tête (massif du Mont-Blanc) entre 2014 et 2018 : perte de l’équivalent d’une lame d’eau de 6 m sur toute la surface, soit 10 % du volume du glacier et la fonte du volume de plus de 12 000 piscines olympiques.Face à ce changement climatique, la Nature est tout à la fois victime et alliée. Victime car la rapidité des changements en cours bouleverse les écosystèmes, ne laisse que peu de temps à certaines espèces pour s’adapter et favorise au contraire la dispersion d’espèces exotiques envahissantes.  Alliée car la résilience des écosystèmes et les services qu’ils fournissent, notam­ment dans le stockage des gaz à effet de serre, constituent un des meilleurs atouts dont disposent nos sociétés pour lutter contre le changement climatique ou s’adapter à ses effets. [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Ces rappels figurent dans la troisième édition du Baromètre de la nature des Pays de Savoie, réalisés par les conservatoires d’espaces naturels des deux départements alpins. L’originalité de la présentation de ce baromètre réside dans le classement des milieux par gradient d’altitude. On y découvre, sans réelle surprise, que les sommets sont mieux préservés que les plaines. Mais c’est l’ampleur de l’artificialisation des parties basses du territoire qui laisse rêveur : si près de la moitié des habitats naturels des deux Savoie (48 %) se retrouvent fragmentés (60 % en Haute-Savoie et 40 % en Savoie), en plaine, 85 % du territoire est fragmenté… contre 35 % en montagne ! Quant aux milieux urbanisés, globalement limités à 7,5 % des territoires, ils s’élèvent à plus de 20 % sur les secteurs de plaine, soit un taux comparable à ceux de départements franciliens ! L’augmentation des surfaces artificialisées entre 2004 et 2016 est de 5 600 ha à l’échelle des deux Savoie, dont 4 150 ha en plaine. A l’échelle des Savoie, cela représente environ le double de la superficie du lac d’Annecy (2 750 ha) qui a ainsi été urbanisée en 12 ans.

Compte-tenu de la variété des milieux, des altitudes et des climats, les Savoie abritent une grande diversité animale et végétale. Néanmoins, la proportion d’espèces menacées, c’est-à-dire risquant de disparaître à court ou moyen terme, est extrêmement importante (plus de 50 % des chauves-souris par exemple). Et lorsque la proportion d’es­pèces menacées est plus faible (par ex. pour la flore), cela concerne tout de même plus de 320 espèces dont certaines ne sont connues que dans les Savoie, comme l’Iris de Perrier… Or la cause principale réside dans la disparition ou fragmentation des milieux naturels auxquels ces espèces sont inféodées, en particulier les zones humides et les milieux agricoles traditionnels, ou encore de certains gîtes : gros arbres à cavités, vieux bâtiments, souches… Un autre facteur est lié aux pollutions chimiques et organiques qui déciment les populations d’insectes dont se nourrissent de nombreuses espèces (amphibiens, oiseaux, chauve-souris…).

Et quand le gîte et le couvert viennent à manquer, ce ne sont pas uniquement les espèces patrimoniales qui trinquent. D’où l’idée de faire apparaître dans le baromètre la catégorie des espèces quasi-menacées. Sorte « d’antichambre de la liste rouge », cette catégorie inclut certaines espèces autrefois considérées comme banales (notamment le moineau friquet). En d’autres termes, il n’y a plus de « nature ordinaire » en Savoie !

Découvrir le baromètre

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