« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés »: comme les animaux malades de la peste de La Fontaine, la plupart des espèces sauvages sont victimes des fortes chaleurs qui peuvent menacer leur survie.
Une vague de chaleur « c’est brutal », et les possibilités d’adaptation des espèces ou des écosystèmes « sont moindres que sur un changement graduel », explique à l’AFP Grégoire Loïs, ornithologue au Muséum national d’histoire naturelle, à Paris.
Déshydratation, stress thermique, troubles de la reproduction, modification des comportements, difficultés à se nourrir et, dans les cas les plus graves, mort de l’animal: les conséquences peuvent être multiples pour la faune.
Au début de l’été 2021, lors d’une vague de chaleur dans l’ouest de l’Amérique du Nord en 2021, jusqu’à 75% des espèces terrestres et marines avaient été affectées négativement, avec des déclins de populations atteignant 99% chez certaines espèces, a montré une étude parue en mars dans Nature Ecology & Evolution.
Oiseaux
Les oiseaux sont particulièrement menacés par la chaleur. En France, sur les 20.000 animaux recueillis par les centres de soins LPO l’an dernier, 14,3% l’ont été à la suite de circonstances climatiques (majoritairement des canicules) et environ 80% étaient des oiseaux, explique à l’AFP, Anne-Laure Dugué, responsable du programme « Faune en détresse ».
Avec une température corporelle de 39 à 42°C, qui augmente encore pendant le vol ou la recherche de nourriture, les oiseaux peinent davantage à évacuer leur chaleur lorsque les températures grimpent.
Dépourvus de glandes sudoripares, ils se refroidissent principalement par évaporation via les voies respiratoires, un mécanisme coûteux en eau qui accroît les risques de stress thermique et de déshydratation.
Les jeunes, encore au nid et incapables de voler lors des chaleurs estivales, sont particulièrement vulnérables.
« Les oiseaux nichant sous les toits, comme les martinets ou les hirondelles » sont les plus menacés: « les jeunes, asphyxiés par la chaleur, tombent parfois du nid en cherchant de l’air », explique la LPO.
Mammifères
« Chez les vertébrés, qui régulent leur température, le rafraîchissement mécanique par évaporation – le fait de haleter, de suer… – génère d’autant plus de pertes d’eau que l’organisme est petit », indique M. Loïs.
Les risques d’hyperthermie ou de déshydratation sont donc particulièrement notables chez les hérissons et certains petits rongeurs, explique Mme Dugué.
Des mortalités massives de chauves-souris, désorientées et déshydratées par les températures extrêmes, sont parfois constatées. En janvier 2026, des milliers de roussettes ont ainsi péri lors d’une vague de chaleur dans le sud-est de l’Australie.
Les grands mammifères ne sont pas épargnés: chez les espèces adaptées au froid, comme les ours, bisons, rennes ou orignaux, l’épaisse fourrure devient un handicap lorsque le thermomètre grimpe.
D’autres espèces (renards, ongulés) peuvent souffrir de brûlures aux pattes au contact de surfaces surchauffées comme le bitume ou le sable.
Invertébrés
La plupart des invertébrés sont ectothermes, c’est-à-dire que leur température corporelle dépend largement de leur environnement, explique M. Loïs. Lorsque leur limite de tolérance thermique est dépassée, les conséquences peuvent être « brutales », indique-t-il.
D’autant que leurs possibilités de se déplacer sont souvent limitées, voire impossibles. Ainsi en 2021, lors de la vague de chaleur sur la zone nord Pacifique, plus d’un milliard de moules, palourdes ou étoiles de mer avaient péri.
Poissons
Chez les poissons, les fortes chaleurs réduisent l’oxygène disponible dans l’eau tout en augmentant leurs besoins physiologiques, ce qui peut provoquer stress thermique, maladies, perturbations de la reproduction et parfois des mortalités massives.
Lors d’une canicule européenne en août 2018, une tonne de poissons avait été trouvés morts dans le Rhin dans trois cantons suisses.
Amphibiens et reptiles
Très dépendants de l’humidité, les grenouilles, crapauds et salamandres sont particulièrement vulnérables aux vagues de chaleur lorsqu’elles s’accompagnent de sécheresse, qui assèche leurs habitats.
Leur peau perméable les rend très sensibles à la déshydratation: lors des canicules, ils perdent plus facilement de l’eau et risquent de se dessécher si les conditions humides nécessaires à leur survie ne sont plus réunies.
Leur reproduction peut également être fortement affectée, notamment lorsque les zones de ponte s’assèchent prématurément.
Les reptiles (lézards, serpents…) ne sont pas à l’abri de coups de chaud: ils ne régulent pas leur température interne et doivent donc limiter fortement leurs activités, menaçant notamment leur capacité à se nourrir.
« Parfois, comme stratégie d’adaptation, ils vont devenir nocturnes. (…) Le problème, c’est que les proies et les ressources alimentaires ne sont pas forcément sur le même calage », souligne M. Loïs.


