7 organisations agricoles appellent à « rebâtir une souveraineté alimentaire » en France. FNE dénonce un double langage (3 mn)

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France Nature Environnement critique vigoureusement les exigences d’ « assouplissement » de la réglementation portées par la FNSEA.

Sept organisations constituant le principal écosystème du monde agricole français ont appelé mercredi à « rebâtir une souveraineté alimentaire », enjeu jugé « stratégique » pour un pays qui a externalisé jusqu’à un tiers de la production de certains biens de première nécessité. « L’histoire retiendra de la crise du Covid-19 qu’elle fut un révélateur de la grande fragilité de nos sociétés face à l’aléa sanitaire, à la difficulté de bâtir une réponse internationale forte et concertée, et à une mondialisation ayant conduit à déléguer à des tiers la production de certains biens, même lorsqu’ils étaient de première nécessité, indique la tribune commune publiée dans le quotidien L’Opinion.Rebâtir une souveraineté alimentaire sera le chantier d’une génération. Il ne sera possible que s’il s’inscrit dans une véritable démarche de solidarité », affirment la FNSEA, les Jeunes agriculteurs (JA), la Confédération nationale de la mutualité, la coopération et du crédit agricoles (CNMCCA), la Coopération agricole, la Fédération nationale du Crédit agricole (FNCA), Groupama assurances mutuelles, la Mutualité sociale agricole (MSA) ainsi que l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). [ihc-hide-content ihc_mb_type= »show » ihc_mb_who= »1,2,3,4,5″ ihc_mb_template= »1″ ]

Les sept organisations, qui proposent un « pacte de confiance » à la société française pour développer la production alimentaire tout en tenant compte des impératifs écologiques et climatiques, citent les propos du président de la République Emmanuel Macron affirmant le 13 avril le besoin de « rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française ». Les signataires soulignent les « fragilités structurelles » d’un système de production qui « menacent notre indépendance alimentaire » : depuis 20 ans, la production agricole « stagne » alors que la population a augmenté de 11% et que le nombre d’agriculteurs a baissé de près de 15% en 10 ans, soulignent-ils. Ils proposent un « pacte de confiance » à la société pour développer la production alimentaire tout en luttant contre le réchauffement climatique par le stockage du carbone et le développement de la biodiversité.

Dans le même temps, la FNSEA réclame dans un communiqué d’assouplir la réglementation pour multiplier les ouvrages de stockage de l’eau pour « améliorer la résilience de la production agricole française » face à un nouvel épisode de sécheresse. Elle demande également à « déroger à la mesure de diversification des assolements » en préconisant de semer du maïs à la place d’autres cultures. Pour France Nature Environnement, ces demandes sont inacceptables. Promouvoir ainsi la culture la plus gourmande en eau est une assurance pour aggraver la sécheresse qui s’annonce ! Alors même que l’urgence de l’autonomie protéique exigerait de remplacer immédiatement le maïs par le soja, culture d’été dont le besoin en eau est deux fois moindre, ou par d’autres protéagineux d’été. « En demandant à multiplier les stockages d’eau, malgré les effets du changement climatique déjà fortement ressentis ces dernières années, explique FNE, le syndicat majoritaire projette en fait de s’accaparer une ressource de plus en plus rare, sans respecter les règles et méthodes adoptées collectivement au sein des SDAGE (schémas directeurs d’aménagement et de gestion des eaux) ou l’an dernier lors des Assises de l’Eau ».

« Vouloir, comme le fait la FNSEA aujourd’hui, mettre en danger les cours d’eau en cultivant jusqu’à leurs berges ; obtenir des préfectures des possibilités d’épandre des pesticides pendant le confinement en réduisant les distances réglementaires, prélever un maximum d’eau pour une minorité d’agriculteurs irrigants : toutes ces fausses solutions envoient l’agriculture vers le passé, plutôt que de lui permettre de préparer l’avenir »explique Florence Denier-Pasquier, vice-présidente de France Nature Environnement.

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