Scolytes : la bataille de Verdun (2 mn 30)

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La crise sanitaire occasionnée par les attaques de scolytes sur les épicéas a remis en cause le calendrier du renouvellement du label Forêt d’Exception en forêt de Verdun (Meuse). En pondant sous l’écorce des arbres, ces petits insectes xylophages (qui se nourrissent du bois) entraînent des dépérissements importants et la mort prématurée des peuplements d’épicéas des forêts de plaine du Grand Est et de Bourgogne-Franche-Comté.

Le 10 juin 2014, la forêt domaniale de Verdun obtient le label Forêt d’Exception pour une durée de cinq ans. En 2018, des commissions thématiques, des comités de suivi et de pilotage se sont réunis pour dresser le bilan du contrat de projet écoulé. Mais aussi, commencer à esquisser de nouvelles orientations pour la période 2019-2024.

Dans le même temps, la sécheresse et la chaleur de l’été 2018 ont favorisé la propagation des scolytes en forêt de Verdun, d’une ampleur inédite. À l’automne, l’Office national des forêts (ONF) déclare la situation de crise. Il est très vite apparu qu’elle aurait des répercussions très importantes sur la forêt et par conséquent, sur tout le champ de bataille. De plus la situation n’étant pas stabilisée, elle va continuer à évoluer de façon imprévisible.

En région Grand Est, le volume d’épicéas « scolytés » en 2018 est évalué à 400 000 m3, dont 150 000 m3 sur le massif vosgien et 250 000m3 d’épicéas de plaine. Si la situation reste très évolutive, on estime qu’au sein des forêts publiques de l’agence territoriale de Verdun de l’ONF environ 80 000 à 100 000 m3 de bois sont impacté, soit l’équivalent d’une année et demi de récolte. « C’est bien pire que ce qu’on avait imaginé », observe le forestier René-Marc Pineau, responsable de l’unité territoriale de Verdun. Habituellement valorisés comme bois de charpente et de menuiserie, les épicéas altérés par le scolyte sont déclassés par les scieurs, en raison notamment du développement d’un champignon qui accompagne les scolytes et qui vient bleuir le bois. Un afflux inhabituel de bois en France comme en Europe, qui a entraîné une chute des prix lors des ventes de bois de l’automne 2018. Cette pullulation de scolytes risque de se prolonger dans les années à venir, dans la mesure où les populations d’insectes ravageurs, en grand nombre, continueront vraisemblablement leurs dégâts au retour des beaux jours.

Afin d’épargner les peuplements encore indemnes et valoriser au mieux les arbres impactés, l’ONF estime n’avoir pas d’autres choix que de procéder à l’enlèvement rapide des bois scolytés, voire localement d’effectuer des coupes rases sur les peuplements les plus touchés. De nombreuses exploitations de bois vont ainsi se poursuivre, tout en veillant à la préservation des sols, des vestiges, des sites mémoriels et des espaces naturels. Dans un second temps, il s’agira pour les forestiers de l’ONF d’envisager le remplacement des peuplements d’épicéas par des plantations d’essences adaptées au contexte local et résilientes face aux maladies, parasites ou encore aux changements climatiques.

En attendant, le renouvellement du label « Forêt d’exception » de la forêt de Verdun est sérieusement compromis.