L’or tue le Maroni (1 min 30)

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A cause de l’activité minière aurifère, la concentration de particules de terre, ou sédiments, en suspension dans le fleuve Maroni, en Guyane, a augmenté de façon spectaculaire depuis une décennie, mettant en danger sa biodiversité.

L’orpaillage en Guyane, toute une histoire ! Après le projet Montagne d’or, c’est au tour de l’extraction de l’or dans le fleuve Maroni de faire parler d’elle. Une équipe comprenant des chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) brosse un constat alarmant de l’évolution du flux sédimentaire dans ce cours d’eau depuis l’an 2000. Le Maroni, qui se trouve en aval de nombreuses mines d’or apparues dans l’intérieur des terres depuis les années 1990, draine une « pollution » aux sédiments en constante progression. En effet, « l’extraction d’or induit une déforestation ainsi qu’une destruction des sols des versants et du lit du fleuve, le tout accentuant alors les mécanismes d’érosion, explique l’IRD dans un communiqué.Résultat, l’apport de sédiments dans le fleuve, par les eaux de pluies, augmente.» Les chercheurs ont analysé plusieurs centaines de mesures de concentration en sédiments dispersés dans le Maroni, recueillies entre 2001 et 2015. Résultat : dans ce laps de temps, la concentration des sédiments en suspension dans le Maroni a augmenté de 239%, passant de 10 mg/L en moyenne en 2001 à près de 36 mg/L en 2015 ! « Nous avons travaillé sur plusieurs fleuves importants, comme le Mékong en Asie ou le Niger en Afrique ; mais jamais nous n’avions observé un changement si important …», affirme Jean-Michel Martinez, directeur de recherche au laboratoire Géosciences environnement Toulouse, qui a encadré l’étude. Trois facteurs pouvaient expliquer cette observation : l’évolution des précipitations dans la région, les changements d’occupation des sols en lien avec l’agriculture et l’urbanisation, et la déforestation due à l’exploitation minière. Or, seul ce dernier paramètre a varié de manière significative en 16 ans : de 4 821 hectares en 2000, la déforestation a quintuplé pour atteindre 24 463 ha en 2016. Il s’agit donc bien de l’extraction de l’or qui brouille le fleuve Maroni. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : « le surplus de sédiments dans le Maroni diminue la transparence des eaux et pourrait, ainsi nuire à la survie des espèces peuplant le fleuve, souligne l’IRD. Par ailleurs, il pourrait limiter la navigabilité du Maroni. Enfin, les sédiments apportent avec eux des éléments traces notamment du mercure, susceptibles de polluer le fleuve, et de contaminer les populations sur ses berges.» Un constat qui vise à alerter sur la situation critique du fleuve.

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