Caussade : l’Etat fait marche arrière (2 mn 30)

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Les ministres de l’écologie et de l’agriculture ont demandé à la préfète du Lot-et-Garonne de retirer son arrêté autorisant le barrage prévu pour retenir 920 000 m3 d’eau, principalement à des fins d’irrigation.

Fin de partie pour le lac de Caussade ? Officiellement non. Si François de Rugy et Stéphane Travert ont demandé à Patricia Willaert, la préfète du Lot-et-Garonne, de retirer son arrêté publié en juillet, par lequel elle autorisait les travaux de construction d’une retenue de près d’1 million de m3, c’est pour permettre à la Chambre d’agriculture, qui pilote le projet, d’ « apporter les compléments pour consolider son dossier afin qu’une nouvelle autorisation puisse être accordée avec succès ».Mais dans le détail, c’est une véritable remise à plat du projet qu’exige désormais le gouvernement. La semaine dernière, les services de la préfecture ont indiqué : « Conformément aux attentes des deux ministres,le préfet a d’ores et déjà engagé la procédure contradictoire préalable au retrait de l’acte et invitéle porteur, la Chambre d’agriculture, de projet à clarifier sur le plan réglementaire certains points présents dans son dossier administratif soumis à enquête publique en mars-avril 2018 (…). Les précisions attendues visent à éclairer l’ensemble des acteurs du bassin concerné sur cette retenue multi-usages afin qu’une nouvelle autorisation puisse être accordée avec succès. Il s’agit ainsi de présenter la justification de ce projet au regard des retenues d’eau existantes, d’expliquer la prise en compte de l’impact du projet sur les espèces protégées en réponse aux objections du comité national pour la protection de la nature (CNPN), de rappeler les modalités de soutien d’étiage ainsi que la contribution du projet à l’adaptation des productions agricoles au changement climatique». Dès lors, l’audience de référé devant le tribunal administratif, prévue cette semaine, a été reportée au 17 octobre dans l’attente du retrait effectif de l’arrêté préfectoral.

Réagissant à cette « nouvelle péripétie », le président de la Chambre d’agriculture Serge Bousquet-Cassagne a affirmé à Sud-Ouestque que « les travaux commenceront le 2 novembre. Avec ou sans arrêté ».

De son côté, France Nature Environnement (FNE), à l’origine du recours devant le tribunal administratif, indique dans un communiqué que ce projet, « coûteux et destructeur de biodiversité, participe au maintien d’un mode agricole intensif, gourmand en eau. Il avait reçu de nombreux avis défavorables tout au long de l’instruction administrative : absence de prise en compte des 6000 stockages existants dans le département, détérioration de la qualité des eaux, impacts sur les 50 espèces menacées largement sous-estimés, absence d’adaptation des productions agricoles au réchauffement climatique, stockage d’eau surdimensionné(…).La chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne va devoir admettre que son lobbying intensif, sinon brutal, envers les pouvoirs publics concernant ce projet est contre-productif. Il est indispensable de remettre à plat le dossier et de l’inscrire enfin dans un projet de territoire, fruit d’une concertation associant tous les acteurs, dont l’objectif est bien d’atteindre une gestion équilibrée de la ressource en eau, avec des usages économes et une préservation des milieux aquatiques. La politique du tout barrage est archaïque et date désormais d’un siècle révolu ».