Qui est « nuisible » ?

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On s’en doutait un peu, mais l’étude publiée cette semaine dans la revue Biological Conservation le confirme spectaculairement : quand il s’agît de dépenser en pure perte des millions d’euros d’argent public -que l’on dit pourtant rare…- pour éviter d’indisposer les agresseurs du vivant, le gouvernement macronien fait preuve d’une impressionnante prodigalité.

Que dit cette étude ? Qu’outre qu’elle ne sert absolument à rien, la politique de destruction systématique des renards, geais des chênes, belettes et autres corneilles, au motif qu’ils figurent sur la liste des « Espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » (depuis 2016, on ne dit plus « nuisibles ») coûte cher au contribuable : jusqu’à 123 millions d’euros par an, soit huit fois plus que les dommages qu’elle est censée prévenir ! Brillant, non ? On le savait déjà, notez bien : l’Inspection générale de l’environnement, dans un rapport de décembre 2024, avait déjà prôné l’abandon de cette politique imbécile. Et dans un avis rendu public en novembre 2025, l’Académie vétérinaire de France rejoignait ces conclusions.

Que la France soit le seul pays au monde à traiter de la sorte ses renards et ses corneilles n’est pas de nature à émouvoir le gouvernement. Questionné sur les suites de cette étude par le journal Le Monde, le ministère a répondu cette phrase admirable, à déguster lentement : « Sur le principe, la possibilité de destruction hors période de chasse pour préserver les enjeux agricole (…) continue à motiver le maintien de cette politique publique ». En clair : la possibilité de tuer les renards est motivée par… la possibilité de tuer les renards. Imparable !

Voici une proposition qui pourrait apaiser le débat entre les défenseurs du classement « ESOD » et ceux qui veulent raisonnablement le supprimer : on conserve cette catégorie, mais on en modifie les critères. Exit les étourneaux, les sansonnets, les martres et les putois, qui n’ont rien demandé à personne, bienvenue aux forcenés de l’extrême-chasse, aux mercenaires de l’agro-terrorisme, aux parlementaires qui portent leurs valises (sénateur Duplomb, si tu nous lis…), aux ministres qui devancent les moindres de leurs désirs.

Aux vrais nuisibles, en somme.