Elles ont quelque chose d’écœurant, ces noires volutes d’encens frelaté qui, de toute la planète, s’élèvent vers Rome pour embaumer aussi prestement que possible ce pape dérangeant (disons, aussi dérangeant qu’un pape peut l’être). « Requiem aeternam dona eis Domine, et lux perpetua luceat eis » (Seigneur donne-lui le repos éternel, et qu’une lumière perpétuelle l’illumine) : de Milei à Poutine, de JD Vance à Macron et Bayrou, la chorale chevrotante des pleureurs à gages a entonné presto ses lamentos, que prolonge un écho lancinant : « et qu’il nous foute la paix une bonne fois pour toutes »… La fruste sémantique de Donald Trump est à cet égard révélatrice : « J’irai avec Melania aux obsèques du pape François à Rome. Nous sommes impatients d’y être ! » a écrit le président américain. « Impatients »…
En 2015, ce pontife un peu écoterroriste sur les bords a fouillé sans concessions dans les réalités matérielles et systémiques de la crise environnementale en publiant son encyclique Laudato Si. Il y a dénoncé « le paradigme technocratique » et le « consumérisme compulsif », évoqué une « dette écologique » des pays riches envers les pays les moins développés. Et exhorté les humains à écouter « le cri de la terre et le cri des pauvres ». Il a récidivé cinq ans plus tard dans son exhortation apostolique Querida Amazonia en dénonçant une nouvelle forme de « colonisation » vis-à-vis de l’écosystème amazonien et des peuples qui y vivent, et en fustigeant les entreprises qui sèment « injustice et crime ».
Les bénisseurs qui agitent aujourd’hui d’une main leur goupillon factice, démantèlent de l’autre main toutes les fragiles protections érigées au fil des années pour limiter les ravages d’un extractivisme prédateur des écosystèmes et des peuples. Aux Etats-Unis, Donald Trump et JD Vance modifient la législation sur les espèces protégées pour qu’il soit désormais permis de détruire leurs habitats. En France, Bayrou et Macron modifient la législation pour que la destruction d’une espèce protégée ne soit punissable que si elle est « intentionnelle ». Les écocidaires ont désormais les mains libres : pour prix de leurs forfaits, deux Pater et trois Ave feront l’affaire…
Qu’on ne s’y méprenne pas, contrairement aux apparences ces croyants exemplaires aujourd’hui éplorés ne font que suivre l’enseignement de l’Eglise : ils s’emploient juste à hâter la venue du « Dies irae dies illa solvet saeclum in favilla » (jour de colère que celui-là où les siècles seront réduits en cendres).
Amen.

