43 milliards d’euros… C’était, personne ne l’ignore, le butin espéré du hold-up budgétaire fomenté par le très peu regretté François Bayrou.
C’est aussi ce qu’ont déjà coûté à l’Europe, à ce stade, les vagues de chaleur de cet été, d’après une étude réalisée « à chaud » (oui, bon…) par l’Université de Mannheim (Allemagne). Encore ce chiffre est-il, de l’aveu même des économistes qui ont rédigé l’étude, largement sous-estimé. Il n’intègre pas le coût des incendies, ni celui de la sécheresse et de son impact sur les récoltes à venir, ni la baisse des ressources fiscales, ni l’aggravation de la mortalité (2 300 décès dans les grandes villes d’Europe pour la seule vague de juin-juillet). En outre, c’est sur la durée que se font sentir les effets des fortes chaleurs : au total, la facture des canicules de cette année pourrait atteindre 126 milliards d’ici 2029… en attendant que les étés 2026, 2027, etc. viennent alourdir la douloureuse !
Dans ce contexte, est-il bien rationnel, pour économiser quatre bouts de chandelles, de démanteler en France comme en Europe les politiques publiques qui visent à limiter les dégâts, notamment climatiques ? De mégotter les crédits de l’ADEME (l’agence de maîtrise de l’énergie), de démanteler les parcs nationaux et le Conservatoire du littoral, de museler l’Office français de la biodiversité, de céder à tous les caprices de l’agro-business et de l’industrie automobile, de détricoter le déjà rachitique Green Deal européen, de se précipiter pour signer avec le Mercosur un accord de libre-échange aux effets ravageurs ?
C’est à l’évidence tout le contraire qu’il conviendrait de faire : chaque euro dépensé pour réorienter l’agriculture, limiter les émissions de gaz à effets de serre, adapter les territoires aux effets déjà scellés du changement climatique, serait beaucoup plus efficacement investi que dans des aides massives aux entreprises qui n’ont pour effet que de gonfler le patrimoine des ultra-riches et d’aggraver les inégalités sociales, comme vient de le prouver un livre paru cette semaine (1).
Le plus sidérant, c’est l’assourdissant silence des politiques de tous bords sur ce sujet. Qu’ils vocifèrent comme LFI ou qu’ils minaudent comme le PS, les partis d’opposition désertent ce terrain à l’unanimité. Rien de tout cela ne fait partie de leurs « lignes rouges ». Les Écolos eux-mêmes regardent ailleurs. Comme s’ils avaient à leur tour décidé, quatorze ans après Sarkozy, que l’écologie, ça commence à bien faire.
(1) Le grand détournement – Comment milliardaires et multinationales captent l’argent de l’État, Matthieu Aron et Caroline Michel-Aguirre (Allary éditions)

