Le bal des factieux

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Il y a quelque chose de jouissif à voir les frénétiques de l’A69, hier encore bouffis d’arrogance et de suffisance, s’agiter comme des diables dans un bénitier. A eux aujourd’hui d’arpenter le pavé, de pétitionner, de vomir leur indignation à la suite de la décision -solidement motivée- du tribunal administratif de Toulouse d’annuler l’autorisation du chantier.

C’est une jouissance malsaine, concédons-le, ce que les Allemands appellent une Schadenfreude, une « joie honteuse ». Qui n’efface pas le sentiment de gâchis, de gabegie, de saccage irréparable des écosystèmes, de dilapidation d’un argent public qu’on nous dit par ailleurs rare.

Elle n’efface pas, surtout, l’inquiétude que tout-e citoyen-ne, tout-e démocrate, peut ressentir à voir tous ces puissants, qui s’étaient crus dispensés d’appliquer la loi commune, conspuer les juges qui ont traité le dossier (trois femmes, de ce fait forcément ignorantes des réalités économiques, pardi !). On lit pourtant sur le site officiel Vie-publique.fr que « L’indépendance de la justice implique l’absence de pression de la part du pouvoir exécutif, mais aussi l’absence de critique envers un acte ou une décision juridictionnelle en vertu du principe de déférence judiciaire ». Mais qui parmi les serial-bétonneurs se préoccupe de « déférence judiciaire » ? Et que dire de ces parlementaires pressés de piétiner des lois… votées par le parlement ?

Les mêmes qui déplorent que les magistrates n’aient pas pris en compte les coûts déjà engagés réclament maintenant un sursis à exécution, c’est-à-dire la reprise du chantier en attendant la décision de la Cour d’appel. Bravache, le ministre des Transports proclame « Notre détermination est intacte, les travaux doivent reprendre au plus vite ». Mais si le chantier reprend… la facture va inévitablement s’alourdir ! Et si en appel la décision d’arrêt est confirmée, les coûts d’indemnisation et de remise en état seront bien plus colossaux encore ! Voilà des gens que la rationalité et la logique n’étouffent guère…

La plus élémentaire sagesse, autant que la « déférence judiciaire », commanderaient d’attendre sereinement, enfin, que la procédure aille à son terme.

Mais ça, ce serait dans un monde idéal où les procédures démocratiques seraient respectées. Comment appelle-t-on un individu qui entend exercer contre les instances démocratiques une opposition violente tendant à provoquer des troubles ?

Un factieux.