Ils exagèrent, évidemment, ces militant-e-s qui taguent ACAB sur les murs des villes. ACAB pour « All cops are bastards » (Tous les flics sont des salauds). Non, tous les flics ne sont pas des salauds, ils font un métier difficile (y en a-t-il de faciles ?), et certain-e-s sont héroïques, les commémorations des attentats de 2015 nous le rappellent opportunément.
Mais les images sidérantes des violences policières systémiques lors de la manifestation de Sainte-Soline, en 2023, ne peuvent que conforter les anti-flics et grossir leurs rangs. Quel respect méritent ces hordes de miliciens haineux, vulgaires, ivres de leur virilisme obscène, bouffis de la puissance de leurs armes, jouissant de la barbarie qu’ils déchainent et des mutilations qu’ils infligent ? Quelle considération mérite la hiérarchie gendarmesque, qui a sciemment multiplié les ordres illégaux, qui a autorisé, légitimé, planifié cette incroyable série d’attentats commis en bande (très) organisée, et qui a empêché les secours d’accéder aux victimes ? Quelle confiance mérite l’Inspection générale de la gendarmerie nationale, qui détenait depuis deux ans ces 84 heures d’images et de sons accablants, et n’y a rien trouvé de répréhensible ? Et surtout, quels égards mérite le ministre de l’Intérieur qui, la veille de l’événement, a alimenté la rage de ses sicaires (« Nous verrons des images extrêmement dures »… « Parce qu’il y a une très grande mobilisation de l’extrême gauche et de ceux qui veulent s’en prendre aux gendarmes et peut-être tuer des gendarmes et tuer les institutions. »). Ce ministre s’appelait Gérald Darmanin.
Saisi de ces images d’où jaillit la culpabilité criminelle des forces « de l’ordre », le Parquet de Rennes (compétent en matière militaire) avance à pas comptés, tergiverse, louvoie, invoque la complexité du dossier… Le chef de ces procureurs, le Garde de Sceaux, s’appelle aujourd’hui… Darmanin Gérald.
Dans quel genre de « démocratie » peut-on tolérer, sans y voir un aveuglant conflit d’intérêt, que le ministre de la Justice puisse se trouver en situation de contrôler les magistrats en charge de juger l’action du ministre de l’Intérieur qu’il fut ? Comment le Premier ministre, le président de la République, peuvent-ils détourner le regard ?
Et comment convaincre, désormais, les victimes de cette violence d’État que non, tous les flics ne sont pas des « bastards » ?

