Farenheit 451

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Savez-vous ce qui se produit quand on porte du papier à la température de 232,8 °C (ne tentez pas l’expérience chez vous) ?

Il s’enflamme spontanément.

Dans son roman d’anticipation Farenheit 451, paru en 1953, Ray Bradbury décrit une société américaine où les livres sont interdits et où les « pompiers » brûlent méthodiquement ceux qu’ils trouvent (451°, c’est l’équivalent sur l’échelle Farenheit, qu’utilisent les Américains, des 232,8 ° sur notre échelle Celsius). Sans doute Ray Bradbury avait-il en tête les images des autodafés que le parti national-socialiste a organisés dès 1933 à Berlin et dans plusieurs villes allemandes, où furent brûlés des dizaines de milliers de livres « contraires à l’esprit allemand ».

Ce que nous voyons se produire aux Etats-Unis depuis le 20 janvier correspond exactement aux intuitions de Bradbury. L’administration Trump mène une campagne méthodique contre les données, particulièrement celles à caractère scientifique. Mais plus besoin de grands bûchers, quelques clics suffisent : plus de 3 400 jeux de données, dont 2 000 à vocation scientifique, ont déjà été supprimés des sites gouvernementaux américains, en priorité les informations relatives au changement climatique, à la biodiversité, à la santé publique et à l’équité sociale. Contraires, forcément, à l’esprit Trumpien, pour qui les limites de la planète ne sont qu’un délire de scientifiques soucieux de menacer la prospérité américaine.

Éradiquer ou coloniser toute forme de connaissance rationnelle, de recherche, d’exploration scientifique, de pensée créative, c’est la condition nécessaire pour imposer un récit totalitaire, où la seule vérité tolérée est celle qui sert les intérêts du Chef et de ses affidés. C’est en bonne voie aux Etats-Unis : les Américains ne sauront pas que le mois dernier a été le mois de mars le plus chaud en Europe, et celui où le niveau de glace de mer hivernale a été le plus bas dans l’Arctique. Ils ne sauront pas que mars 2025 a été le 20e des 21 derniers mois au cours desquels la température moyenne de l’air à la surface du globe a dépassé de plus de 1,5°C le niveau de l’ère préindustrielle.

OK, on est encore loin de 232,8 °C, mais l’autodafé numérique est en cours. Le précédent de 1933 n’incite guère à l’optimisme…