La dette ? Mais laquelle ?

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Le plus pathétique, dans la séquence politique que nous traversons, ce n’est pas le ridicule de ce Premier ministre qui se rêve en Mendes France mais dont le naufrage n’évoque que celui de Paul Deschanel, qui fut sept mois président de la République (en 1920) et que sa folie conduisit à une démission sans gloire après qu’il fut tombé, en pyjama, d’un train de nuit…

Non, le plus pathétique, ce sont les circonlocutions gênées (au mieux), ou les mines consternées de tous-tes les économistes convoqué-e-s pour soutenir la croisade de François Bayrou contre le montant présenté comme cataclysmique de la dette publique, qui conduirait tout droit notre pays à la banqueroute… à moins de soutirer encore 44 milliards d’euros aux pauvres pour financer la bombance des ultra-riches.

Un rapport conjoint de l’Inspection générale des Finances et de l’Inspection générale de l’Environnement, discrètement publié le 22 juillet, pourrait donner quelques idées à la personne qui succédera à M. Bayrou. Sur 738 dépenses publiques étudiées, représentant 92,5 milliards d’euros, les rapporteur-ice-s en ont identifié 252 nocives pour la biodiversité, pour un total de 20,2 milliards d’euros.

Il y a deux ans déjà, un rapport de la Cour des comptes vilipendait la politique budgétaire du gouvernement, notant que les dépenses fiscales défavorables à l’environnement avaient doublé d’une année sur l’autre, atteignant 19,6 milliards (dont plus de 7 milliards de niches fiscales). Et encore…  Plusieurs dispositifs majeurs, comme l’exonération de taxe intérieure sur les carburants pour les avions commerciaux, étaient exclus du périmètre d’analyse de conséquences environnementales des dépenses publiques retenu par la Cour. Dans son propre rapport, le Réseau Action Climat estimait la même année à 67 milliards les subventions d’État aux activités qui contribuent au dérèglement climatique.

Elle est là, la vraie dette que nous léguons aux « générations futures » : un territoire ultra bétonné, sur-artificialisé, un climat durablement détraqué, des sols rendus stériles et improductifs par l’abus de pesticides et d’engrais chimiques, des logements devenus invivables, des forêts dévorées chaque année par les flammes, un système de santé méthodiquement démantelé et débordé par les maladies occasionnées par les PFAS et autres polluants éternels, des océans où les méduses pullulent faute de poissons pour les réguler.

Pour creuser cette dette-là à grands coups d’excavatrices et de chalutiers géants, l’argent public coule à flot. Peut-être serait-il temps de revoir nos priorités ?