Pénuries d’eau: une étude revoit à la hausse l’ampleur du problème

Uschi Dugulin de Pixabay

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Uschi Dugulin de Pixabay
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Les pénuries d’eau dans le monde représentent un problème bien plus grave qu’estimé jusqu’alors, et pourraient concerner 3 milliards de personnes de plus en 2050, en raison notamment des pollutions à l’azote liées aux engrais, concluent des chercheurs dans une étude publiée mardi.

Les scientifiques, basés aux Pays-Bas et en Allemagne, ont analysé les bassins et sous-bassins versants de rivières du monde entier pour mesurer non seulement la quantité d’eau – comme c’est généralement le cas – mais aussi sa qualité.  Selon leur modélisation, dont les résultats sont publiés dans la revue Nature Communications, le nombre de sous-bassins touchés par des pénuries est plus important qu’estimé jusqu’à présent et le sera encore plus à l’avenir.  « Nous montrons que la pénurie d’eau va croître à l’avenir et pas seulement en raison du changement climatique et de l’augmentation des prélèvements », explique à l’AFP Benjamin Bodirsky, de l’université de Potsdam, l’un des co-auteurs. « Nous montrons aussi que la production agricole en hausse constante, ainsi que les eaux usées non traitées, conduisent également à une pénurie d’eau propre », souligne-t-il.  L’azote, présente en particulier dans certains engrais, contribue à la prolifération des algues vertes, menace la vie marine et compromet la qualité de l’eau.  « Le nombre de sous-bassins confrontés à une pénurie grave double en 2010 et peut même tripler en 2050 selon notre évaluation des pénuries d’eau propre, par rapport à des évaluations qui considèrent l’accès à l’eau uniquement selon une perspective quantitative », écrivent ainsi les auteurs dans leur étude.  Ils considèrent qu’en 2010, 2.517 sous-bassins dans le monde étaient confrontés au problème, contre seulement 984 selon les évaluations classiques qui se fondent sur la quantité. Le chiffre pourrait grimper à 3.061 en 2050.  Jusqu’à 3 milliards de personnes supplémentaires risquent ainsi d’être concernées par des pénuries d’eau en raison de la pollution à l’azote, notamment liée à l’utilisation des engrais par l’agriculture intensive.  Les auteurs préconisent donc de réduire leur utilisation, en prenant garde d’éviter les effets indésirables sur l’approvisionnement alimentaire en favorisant certaines variétés alternatives pour les cultures ou en calibrant mieux l’utilisation d’engrais.   « La détérioration de l’accès à l’eau peut être arrêtée, et peut même dans une certaine mesure être inversée, si l’on adopte une utilisation des engrais plus efficace ainsi que des régimes alimentaires plus fondés sur les plantes, et si l’on connecte une plus grande proportion de la population mondiale à des installations de traitement des eaux », indique Benjamin Bodirsky.